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William Shakespeare

Comme il vous plaira de Shakespeare : Résumé

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Résumé : Comme il vous plaira de William Shakespeare (1599)

Elle mène son monde, la Rosalinde. Seigneurs, paysans, amoureux, timides, jaloux, compliqués - tous à son écoute, à sa parole, à sa joie. C'est elle qui organise les amours et les vies des autres. "Aimez qui vous adore", exhorte-t-elle à Phébée, la bergère revêche. Cela devrait être ça l'amour - aimer qui nous aime. Evidemment, on préfère toujours qui ne nous aime pas - et qui nous aime nous ennuie. L'incompatibilité qui fait notre malheur ne laisse pas de nous exciter.

Alors, on se met à rêver d'un monde où le tragique serait dissous. C'est le monde de Comme il vous plaira - la pièce la plus régénérante de Shakespeare où rien ne se passe qui ne mène à l'espièglerie, à l'aventure des corps (encore une histoire de travesti !) et à la féérie des coeurs. A la fin, tout finit bien sans tiers négatif. Les méchants deviennent bons, les usurpateurs démissionnent, les durs se font doux, et les grincheux rentrent, de leur propre gré, au monastère - donc, pas si malheureux que ça.
 
Et pourtant, tout avait commencé sous le signe de Caïn. Olivier banissait Orlando sous le simple prétexte que celui-ci était aimé plus que lui.
 
" Car sans que je sache pourquoi, mon âme le déteste plus que quoi que ce soit dans ce monde. Il a bien des vertus pourtant. Jamais éduqué, il n'en est pas moins instruit. Il est plein de nobles pensées. Il est aimé de tous comme par magie. En est si bien l'affection de tous, et en particulier de mes gens, qui le connaissent mieux que quiconque, que moi, on ne m'apprécie pas du tout pour ce que je vaux." (I-1)
 
Pour se débarrasser de son frère, il organiserait alors un combat inégal avec un lutteur - mais c'est son frère qui l'emporterait avant de fuir dans la forêt des Ardennes.
 
Au même moment, le jeune duc Frédéric prendrait la place de son frère, le vieux duc légitime et expulserait ce dernier de leur territoire. Et s'il garderait un temps sous sa coupe la fille de celui-ci, Rosalinde, car celle-ci serait la meilleure amie de sa fille Célia, il finirait par la chasser à son tour - et dirait à sa fille éplorée :
 
"Elle est trop fine mouche pour toi. Et sa douceur,
Et sa réserve même, sa modestie,
Parlent aux gens et les appitoient.
Toi, tu n'es qu'une sotte. Elle te vole ta gloire
Et, quand elle sera au diable, tu vas paraître
Bien plus intelligente et riche de dons." (I-3)
 
Mais Célia suivrait Rosalinde, et Pierre de Touche, le bouffon de la cour, les accompagnerait.
 
A l'acte deux, tout ce beau monde se retrouverait dans cette forêt des Ardennes et le temps s'arrêterait.  Comme la tempête, la forêt est chez Shakespeare le lieu de l'épreuve et de la régénération (Le roi Lear). Dans Comme il vous plaira, elle représente presqu'un retour à l'âge d'or.
 
"Si le vent d'hiver
De sa dent de glace me troue, s'il m'enveloppe
Des hargnes de son souffle, eh bien, oui, je grelotte,
Je me recroqueville, mais je souris (...)
Notre vie,
La voici protégée de la société,
Elle peut écouter des voix dans les arbres,
Ou lire dans les eaux vives, ou se confier
A l'éloquence des pierres ; et cela, c'est le bien.
Je ne voudrais le perdre pour rien au monde", dit le duc (II-1).
 
Dans les bois, tout ce monde se met à batifoler. On chante, on médite, on plaisante, on philosophe. Même la compagnie du mélancolique Jacques est recherchée car ce qu'il dit étonne, égaye, stimule. Evidemment, c'est l'amour qui occupe les âmes - et avant tout celui d'Orlando pour Rosalinde qu'il a rencontré lors du combat de lutte. Le voilà qui met des poèmes d'amour dans les écorces des arbres - confiant littéralement son amour à la nature. Et lorsqu'il rencontre celle-ci déguisée en homme,  il en fait immédiatement "son" confident - et "pire", accepte la proposition équivoque de "celui-ci" à faire comme s'il était cette Rosalinde et à jouer l'amour avec lui. O les étranges scènes qui vont se dérouler entre cette femme habillée en homme et qui incite celui qui l'aime à la séduire comme si elle était une femme et cet homme qui se met à croire que cette femme qui se déguise en homme est en fait une femme ! ! Encore une fois, ce n'est pas l'homosexualité qui prend le masque de l'hétérosexualité mais l'hétérosexualité qui prend le masque de l'homosexualité. Ce que nous dit Shakespeare est que dans un monde magique, c'est-à-dire un monde parfait, les sexes ne devraient jamais se tromper. On n'imagine pas Adam et Eve homosexuels ! Dès qu'il y a homme et femme, il y a différence, amour, vie - et c'est pourquoi couper la scène de l'hymen du cinquième acte comme le font la plupart des metteurs en scène revient à dénaturer la pièce, sinon à en censurer son sens profond.
 
La perfection, c'est l'ordre absolu, la règle intangible, l'être perpétuel. Dans la plus libre et la plus précieuse des comédies de Shakespeare, le désir de la volupté va de pair avec celui de la loi immuable. D'où les dénombrements moraux, sociaux ou existentiels auxquels se plaisent les personnages : les trois leçons morales que tire Jacques d'un cerf blessé (car le mélancolique est un écologiste), les quatre vitesses du temps selon Rosalinde, les sept âges de la vie selon Jacques, les sept variétés de la mélancolie, les sept degrés de la querelle selon Pierre de Touche. Comme le dit Michel Edwards, le meilleur des mondes est "le monde des règles absolues, des lois lumineuses." La vie qui se déchiffre par les nombres. Le paradis comme numérotation. Vous souvenez-vous du Drowning by numbers de Peter Greenaway ?
 
Vivacité de l'être. Souveraineté du "mirth". Magie du hasard qui fait bien les choses. Bonté du destin qui résout tous les problèmes. Et résistance toute contemporaine à ces résolutions enchantées. Que Comme il vous plaira se termine par la conversion au bien et à la repentance des deux méchants de la pièce (Olivier et Frédérik), et dans le temps qu'il faut pour le dire, déplaît aux consciences modernes que nous sommes - un peu comme nous n'aimons pas trop les dénouements des pièces de Molière, trop poétiques pour être honnêtes. C'est que la happy end nous semble un conte à dormir debout. Une fin tragique nous convient mieux - car "là, c'est réaliste". Comme dirait Chesterton, nous ne supportons plus le paradis et ne sommes bien qu'en enfer. Nous applaudirons à la réplique célèbre de Macbeth : "Horreur ! Horreur ! Horreur !", mais non à celle de Célia : "Ah, c'est merveilleux, merveilleux ! Merveilleusement merveilleux ! Merveilleux au-delà de toutes les exclamations qui s'émerveillent" (III-2), alors que l'une et l'autre participent de la même poétique de l'excès, qui fondamentalement reste la grande affaire de Shakespeare.
 
La conversion comme excès de l'être, c'est cela le sens ultime de Comme il vous plaira - et qu'Edwards n'hésite pas à comparer avec celle, paradigmatique, de Saint Paul à Damas : rien de plus instantanée, violent, immédiat qu'une conversion. Lorsqu'Olivier déclare à Célia dont il est tombé amoureux que certes il a voulu tuer son frère mais qu'il y a renoncé "parce que c'était lui et que ce n'est plus lui", il faut le croire. De même nous croirons Jacques quand celui-ci viendra annoncer dans les derniers moments de la pièce qu'il rentre dans les ordres. Sans doute a-t-il senti que seule la contemplation monastique pouvait lui apporter l'apaisement (et c'est pour cette raison que nous ne le plaindrons pas).
 
A la fin, le mirth est total.  Les frères sont réconciliés. Les sexes sont réunis. Les hommes et les femmes fusionnent. Et Rosalinde est redevenue femme (mais quelle femme fut-elle en homme !) Triomphe absolue de l'hymen qui chante :
 
" Dans les cieux règne la joie
Quand sur terre pour une fois
On s'accorde et on s'unit."
 
Junon, pour une fois, sera heureuse.

Pierre Cormary
 
 
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