Un Richard III brillant entre rock et baroque

© Nicolas Joubard

Richard III annonce la couleur, noire seule. Certes, son cheval trône un temps en blanc, mais il le perd vite, comme tout le reste. L’amour lui a été refusé dès avant sa naissance, c’est ce qu’il clame en prologue. Dès lors, un peu difforme et claudiquant, il se met au service de la haine et de la quête du pouvoir. Alors que la malédiction ancestrale qui poursuit et oppose les familles princières d’York et de Lancaster s’apaise avec le couronnement d’Edouard VI, Richard III la ranime et l’exalte. Thomas Jolly l’incarne en hachant légèrement ses phrases, comme s’il était constamment secoué d’un hoquet : un rien exubérant, sobrement pathétique, il réussit une prestation efficace et colorée. Oiseau de mauvais augure, il nous permet d’entendre tous les mots du texte. Nous ne ratons aucune des tensions ni des scènes, ce qui est remarquable pour un texte de cette teneur et de cette longueur. Il n’est pas facile de résister à Richard III comme il n’est pas facile pour les acteurs de la troupe de briller dans l’ombre de Thomas Joly. Les personnages féminins sont cependant remarquables tout particulièrement la reine Elisabeth.

Shakespeare nous met entre les mains d’un funeste personnage qui prend à témoin et à la gorge : il exhibe tous ses stratagèmes ignominieux : trahison d’un frère, calomnies, meurtres en série et infanticides. Quand ses mots sont doux et parlent d’amour, c’est pour tromper. La volupté et la féminité sont ses ennemis mais il en connait les codes et les ressorts, qu’il prend un plaisir certain à manier et à exploiter. Il se remplit la bouche et sature nos oreilles de pirouettes séductrices et ensorceleuses. La scène est présentée à la façon d’un show techno punk, rappelant certains accoutrements du groupe Kiss. Thomas Jolly élabore une version dynamique, joyeuse et dépitée de cette pièce un peu ingrate, se présentant comme un monolithe d’ambitions machiavéliques, de propos perfides et insidieux, jusqu’à satiété, voire saturation. Les éclairages, la musique, les structures métalliques sont au service d’une mise en scènes grandiose et percutante quoiqu’épurée : une élucubration rock et baroque.

Le spectacle est dynamique, vivifiant, virulent même : fidèle au texte de Shakespeare, il développe des intermèdes chantés, des morceaux de show qui en font une manière d’opéra rock. Richard III parvient à ses fins et s’empare du pouvoir : Thomas Joly parvient alors à faire chanter la salle qui scande Ri—Chard, Ri—Chard, Ri—Chard... C’est une jolie mise en abyme … et en perspective. C’était donc cela, que nous étions venus voir et applaudir : la duperie incarnée, revendiquée, sans doute élaborée en notre nom. Tout le monde sait que personne n’est censé être dupe, mais qui l’a dit ? Bien sûr, il s’agit là d’effet cathartique ; mais on en est à se demander si la catharsis est exutoire de l’insupportable ou vecteur exultant qui supporte l’insupportable.

 

Christine Eguillon et Christophe Giolito

 

Richard III de William Shakespeare

mise en scène Thomas Jolly

 

avec Damien Avice, Mohand Azzoug, Etienne Baret, Bruno Bayeux, Nathan Bernat, Alexandre Dain, Flora Diguet, Anne Dupuis, Émeline Frémont, Damien Gabriac, Thomas Germaine, Thomas Jolly, François-Xavier Phan, Charline Porrone, Fabienne Rivier

© Brigitte Enguérand

 

Traduction Jean-Michel Déprats ; Adaptation Thomas Jolly et Julie Lerat-Gersant ; mise en scène et scénographie Thomas Jolly ; collaboration artistique Pier Lamandé ; collaboration dramaturgique Julie Lerat-Gersant ; assistant à la mise en scène Mikaël Bernard ; création lumière François Maillot, Antoine Travert et Thomas Jolly ; musiques originales et création son Clément Mirguet ; création costumes Sylvette Dequest assistée de Fabienne Rivier ; parure animale de Richard III Sylvain Wavrant ; création accessoires Christèle Lefèbvre ; création vidéo Julien Condemine assisté d'Anouk Bonaldi ; photographies des portraits royaux Stéphane Lavoué ; doublure Richard III en création Youssouf Abi Ayad ; répétiteur enfants Jean-Marc Talbot ; directeur technique Yann Duclos ; régie générale Olivier Leroy ; .régie lumière Antoine Travert ; régie son Clément Mirguet ; régie plateau Lee Amstrong, Jean-Baptiste Papon et David Thébaut, régie accessoires Christèle Lefèbvre ; régie costumes Fabienne Rivier ; coordination de la construction Olivier Leroy ; administration Elodie Gallier ; production-diffusion Dorothée de Lauzanne ; communication-relations publiques Doette Brunet ; collaboration au projet artistique Alexandre Dain.

 

Production La Piccola Familia ; production déléguée Théâtre National de Bretagne / Rennes ; coproduction Odéon – Théâtre de l'Europe ; avec le soutien, pour le prêt des costumes de La Comédie de Caen - CDN de Basse-Normandie, l'Odéon - Théâtre de l’Europe, le Théâtre National de Bretagne / Rennes, le Théâtre de l'Aquarium - La Cartoucherie, le NTA - CDN des Pays de la Loire, le Théâtre du Nord – Centre Dramatique du Nord, le Théâtre National de Strasbourg.

 

Remerciements : Dolorès et Alanig Casteret, Gilles Chabrier, Eric Challier, Mathieu Dessailly, Séverine et Frédéric Hamon, Pierre et Caroline Legrand, Mario Luraschi, David et Lynda Moy, Delphine Lemmonier-Texier, Célestine Roy-Lerat, Mathieu Thévenin et Caroline Dangles, Clara Thomazo, Giovanni Van Esland.

 

Création le 2 octobre 2015 au Théâtre National de Bretagne / Rennes ; la Piccola Familia est conventionnée par la DRAC Haute-Normandie, la Région Haute-Normandie, la Ville de Rouen et est soutenue par le Département de Seine Maritime ; Thomas Jolly est artiste associé au Théâtre National de Bretagne / Rennes jusqu'en juillet 2016.

 

TOURNÉE

5 et 6 novembre 2015 | Les Salins – Scène nationale de Martigues (13) ; du 6 janvier au 13 février 2016 | Odéon Théâtre de l’Europe ; 26 février 2016 | Scène Nationale Evreux Louviers (27) ; 18 et 19 mars 2016 | L'Onde – Théâtre et Centre d'Art - Vélizy Villacoublay (78) ; 24 et 25 mars | Comédie de Caen – Centre Dramatique National de Normandie (14) ; 31 mars et 1er avril 2016 | Théâtre Liberté - Toulon (83) ; du 6 au 10 avril 2016 | Théâtre National de Toulouse – Midi Pyrénées (31) ; du 17 au 20 mai 2016 | Les Célestins – Théâtre de Lyon (69) ; 25 et 26 mai | Théâtre de Cornouaille – Scène nationale de Quimper (29).

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