Zéno Bianu : le bleu est bien plus qu'une couleur

Si Zéno Bianu en pince pour le bleu ce n'est pas par foucades. Comme pour les astrophysiciens, pour le poète le bleu apparaît bel et bien comme la couleur même de la vie, son pigment d'exception (p. 79). Dès lors dans ce superbe texte inédit l'auteur le traverse.
D'abord là où il est le plus célèbre : à savoir chez Klein et son IKB (International Klein Blue). Mais il dépasse ce seul périmètre. Jaillissent des bleus apnée, Daumal, haïku, Bataille, Kandinsky, Tibet, Va, Gogh, Wang Wei, Lem, Zen, Quattrocento, Lady, Rimbaud, Hendrix et Jazz bien sûr. La note bleue s'y parcourt entre Bessie Smith, Chet Baker et d'autres musiciens noirs avant d'atteindre le Bleu Coltrane, organiquement mystique et ce pour révéler la possibilité d'un surcroit d'ardeur devant le désastre du monde (p. 71).

Le bleu est donc magma sonore, matière, sensation poétique. Il semble commun mais il demeure lié à notre terre  et la signale comme planète bleue aux possibles visiteurs extra-terrestres.
Restant d'ici même Zéno Bianu se laisse porter par les nocturnes trains bleu et l'azur des ciels d'été. Car seul le bleu lance injures et anathèmes face aux ténèbres. Pour preuve ce qu'on appelle au cinéma "la nuit américaine" qui donne du jour aux heures plongées dans le noir.
Mais au delà, le bleu reste pour le poète le point primitif où tout a commencé. Il est retour amont mais aussi avancée tant que le monde demeure monde.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Zéno Bianu, Petit éloge du bleu, Folio2 inédit, octobre 2020, 112 p., 2 €

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