L'Enfance unique

 

Voici que nous revient Frédéric Saenen, critique et romancier, auteur de deux romans remarqués, La Danse de Pluton et Stay behind, avec un drôle de livre, un récit d’une enfance wallonne, du côté de Grâce-Hollogne. Il y a quelques années, Saenen répondait à mes questions et confiait ceci « Une phrase toute simple, d’apparence banale même, et qui figure dans les premières pages de Voyage au bout de la nuit m’a marqué à vie : « Tout est permis en dedans ». Cet aphorisme, plutôt ce constat, dépasse à mon sens de loin la pure revendication égoïste ou individualiste. Il m’a persuadé que là se situait la zone d’où tirer le plus de matière première, dans le « dedans ». » L’Enfance unique illustre à sa manière cette confession.

Le livre aurait pu s’intituler La Langue première, cette langue tapie, niée, « savamment barbare et salutairement rétrograde » - le wallon, ce latin hypervulgaire dans lequel il vécut immergé chez ses grands-parents maternels avec sa mère Ginette. C’étaient les années 70, dans la banlieue ouvrière de Liège, univers mesquin et protecteur à la fois, où l’enfant naturel  - Œdipe & charbonnages - se faisait montrer du doigt. Tantôt douloureux, tantôt burlesques, ces souvenirs sont le prétexte d’une réflexion sur le monde d’avant, ses pesanteurs et ses grâces, servie avec virtuosité par une langue (française) tour à tour triviale et précieuse. Avec la famille, absente et présente, le jeu est l’autre personnage de L’Enfance unique : le jeu comme simulacre d’évasion, pour s’extraire du spongieux marécage.

Christopher Gérard

Frédéric Saenen, L’Enfance unique, Editions Weirich, 14€

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