Romancier, nouvelliste et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé publie son œuvre, souvent primée et traduite dans le monde entier, chez Actes Sud
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Mysticisme & érotisme : les mondes de Laurent Gaudé

L’œuvre de Laurent Gaudé est portée par une violence sourde qui perfore par endroit la page au point de déstabiliser le lecteur, c’est que nous ne vivons pas dans un monde de bisounours, n’en déplaise aux milleniums vautrés devant leurs écrans comme un adolescent découvrant sa première page centrale de Playboy ; l’univers est sombre et la Terre est en ébullition depuis des siècles les siècles, partant que les Hommes firent toujours de leur mieux pour que les abominations surgissent par légions telles des sauterelles sur un champ, avec souvent, comme proie facile, la femme, cette moitié d’eux-mêmes vouée à leur service, à leur plaisir, mais jamais autorisée à s’émanciper.
Or, que nous disent les plus beaux textes de la littérature ? Que sans la femme point de salut. Quelle soit impétueuse, dominatrice, folle, amoureuse, obstinée, meurtrière, elle affirmera sa liberté de mille façons qui en dérouteront plus d’un.

Telle Médée ici convoquée pour mieux revisiter sa légende, l’inclure dans d’autres cultures et lui faire traverser les continents, la mêlant à Kali, de la mer Egée aux rives du Gange, les destins de ces femmes martyres se confondent dans une langue poétique dédiée à l’oralité, n’oublions pas que ces deux textes magnifiques furent écrits pour être joués sur scène, d’où des scansions tactiques qui rythment la lecture dans une musique envoutante…
Sans oublier Sodome, vaincue par sa candeur à négliger l’essentiel dans une quête frénétique d’une sensualité exacerbée qui, à bien le reconnaître, peut aussi paraître dérisoire si tant est que l’on admette l’irréel de la situation, de cette vie, ce destin humain qui court après l’idée d’un sens à donner comme le chat après la souris, par instinct, sans même se questionner du moment vécu, donc perdu, à participer à cette croisade sans lendemain, quand on pourrait jouir du présent, s’oublier dans les libations et advienne que pourra, seulement l’ivresse : l’extase n’est-elle pas la seule conduite pour se rapprocher de Dieu ? Quelle qu’en soit la manière dont on l’entend ? Jouir au plus près de toi, Seigneur…
On connaît la suite, Sodome et Gomorrhe demeurent dans l’inconscient collectif comme Charybde et Scylla. D’où l’importance de revisiter tout ça à la lumière des mots de Laurent Gaudé, toujours justes, mordants, dans la droite ligne de l’ambivalence humaine, cette fille du caniveau qui s’est hissée au plus près des étoiles.

François Xavier

Laurent Gaudé, Médée Kali suivi de Sodome, ma douce, Babel/Actes Sud, mai 2019, 92 p.-, 5,80 €



 

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