Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais : Résumé

 

Résumé : Le Mariage de Figaro (1784)

 

Le Mariage de Figaro est l'occasion d'une lutte épique entre l'auteur et le gouvernement. Pendant trois ans

(1781-1784), Beaumarchais bataille sans relâche en vue de l'autorisation. Catherine II lui demande la pièce pour Saint-Pétersbourg. Il refuse. Il veut Paris. Il débute par une campagne de salons, lisant sa comédie dans tous les cercles influents, et, s'il faut l'en croire, se fait approuver même par des évêques et des archevêques, bien accommodants, semble-t-il. Ni le roi Louis XVI, ni le garde des sceaux, ni le censeur Suard ne consentent à laisser jouer la comédie. Seulement, Beaumarchais a pour lui la reine, ses amies, le comte d'Artois, et surtout cette noblesse d'alors, si avancée en politique, et qui courait gaiement au suicide. Louis XVI, par une première concession, ordonne qu'on lui lise le Mariage dans le privé, et maintient son veto.

 

Cependant, une représentation particulière a lieu chez le duc de Fronsac, et, en même temps, Beaumarchais obtient l'examen de sa pièce par un nouveau censeur, l'académicien Gaillard. Celui-ci, historien grave et naïf, jugea que la pièce était pleine de gaieté « approchant de ce qu'on nomme gaudrioles », mais que les gaudrioles n'attentaient pas à la sûreté de l'État. Louis XVI avait épuisé sa force de résistance : il céda, et cette représentation du Mariage, si attendue, où les gentilshommes et les grandes dames s'écrasaient, où trois personnes furent étouffées, fut applaudie comme la « première » du Cid.

 

Les mêmes personnages apparaissent que dans le Barbierde Séville : le comte, devenu grand corrégidor d'Andalousie, sa femme, la comtesse, qui l'aime toujours et qu'il néglige ; Figaro, qui a trois ans de plus et est à la veille d'épouser Suzanne, femme de chambre de la comtesse. Le comte est jaloux et libertin ; jaloux de sa femme, qu'il soupçonne d'être trop tendre pour son filleul, le jeune Chérubin ; libertin, capable d'entreprises galantes contre tous les ménages d'Andalousie, en particulier contre le futur ménage de Figaro.

 

Comment le « vilain » Figaro défend sa tranquillité conjugale contre le « seigneur » qui s'attribue les privilèges féodaux, voilà le sujet, vieux thème du moyen âge, autour duquel s'enguirlandent des intrigues accessoires et très touffues. Ce même Figaro est visé par Marceline, femme de charge, qui prétend que le barbier (devenu concierge du château d'Almaviva) lui a promis le mariage, et qui en veut beaucoup à Suzanne ; un jugement auquel collaborent le comte et le grotesque magistrat Brid'oison, condamne Figaro à payer à Marceline la somme d'argent qu'il lui doit ou à l'épouser.

Mais on découvre que Marceline est la mère de Figaro et Bartholo son père : scène d'attendrissement.

A plusieurs reprises, Chérubin, très « dégourdi » pour ses treize ans, compromet Suzanne, Fanchette (la fille du jardinier), la comtesse elle-même, sa marraine.

Le comte, dont il est le page, l'envoie à l'armée mais il reste au château, se cache partout et se laisse voir partout, esquivant les conséquences de ses fredaines.

Pendant qu'on célèbre le mariage de Figaro, le comte reçoit un billet qui lui donne rendez-vous pour le soir, sous les marronniers. Il croit y trouver Suzanne qu'il suppose déjà infidèle, et le fait est que Suzanne, pour confondre Almaviva, est convenue avec la comtesse qu'elles changeraient de costume : Suzanne revêt celui de la comtesse, la comtesse celui de Suzanne. Figaro se laisse prendre, comme le comte, à ce déguisement, et aveuglé à son tour par la jalousie, se croyant mari trompé, prononce le fameux monologue où il exhale son amertume contre la destinée.

Peu après, la véritable Suzanne reprend sa voix naturelle, et, par quelques soufflets bien appliqués, le tire d'erreur. Le comte, voyant Figaro aux pieds d'une personne qu'il croit être la comtesse, appelle tous ses vassaux pour constater publiquement la faute ; la scène obscure s'éclaire de flambeaux. La fausse comtesse paraît, et le comte, stupéfait, reconnaît la chambrière. Il demande pardon à sa femme de son injustice, quitte a recommencer.

 

Dans cette pièce compliquée, tourbillonne une foule de personnages C'est donc une grosse machine que ce Mariage, machine de guerre, où Beaumarchais a mis le meilleur de son souple talent. Le duel de Figaro et du comte, où l'un combat de son esprit et l'autre de sa puissance, est, pour ainsi dire, symbolique, comme le prouve le grand monologue où Figaro réclame l'égalité. Et la satire va son chemin, incisive et implacable, en faveur de la liberté, de toutes les libertés.

La principale victime du dramaturge, après le despotisme, après la cour, est la magistrature, cette vieille ennemie de Beaumarchais, ridiculisée dans la personne de Brid'oison, amant de la fo-ôrme.


Comment une œuvre si dangereuse put-elle être représentée ? On se l'explique pourtant, si l'on considère cette profusion étincelante de gaîté dont Beaumarchais inonde ses épigrammes : tout céda devant elle, censure, royauté, sagesse, et elle emporta toutes les résistances de cet élan invincible qui allait briser l’ancien régime.

 

 

[D’après Jules Wogue, Le théâtre comique aux XVIIe et XVIIIe siècles. Scènes choisies. 1905

 

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