The New York Four

En 2007, DC Comics a créé le label Minx pour produire des comics pour un public adolescent et féminin. Les mangas sentimentaux (shojo) connaissaient un gros succès auprès des jeunes filles et on comprend aisément que DC ait cherché à toucher ce type de public. Minx est donc une tentative pour produire de la bande-dessinée en noir et blanc à bas prix pour le marché US, une bande-dessinée quelque part entre le comic book indé et le mainstream. Une bonne initiative : les comics sont souvent principalement destinés aux garçons.


Et coup de chance, The New York Four est un très bon comic book. L'histoire est relativement simple et s'attache à dresser le portrait de Riley, une adolescente un paumée. Brian Wood et Ryan Kelly accordent énormément d'importance à la ville de New York, qui occupe une place essentielle. Pour introduire chaque scène, Wood rédige carrément une petite description des lieux, comme s'ils définissaient à leur manière les personnages qui les fréquentent.


Dans The New York Four, Riley Wilder commence sa première année à l'université de New York. Même si elle a toujours vécu dans cette ville, elle ne connaît pas réellement Manhattan, puisque ses parents l'ont toujours couvée, surprotégée, parce que sa grande sœur a quitté la maison il y a quelques années. Si Riley retrouve assez vite sa sœur, le secret de son départ constitue l'un des moteurs narratifs de l'histoire…

Wood travaille sur les petits rien de la vie et du quotidien : recevoir un SMS d'un inconnu, se faire des amies, chercher un appartement… sont au cœur de l'intrigue. Toute la magie de Wood et Kelly est de nous faire ressentir par procuration toute l'importance de ces petits moments.


Brian Wood excelle à retranscrire la culture de l'époque (les années 2000), son portrait y gagne en empathie. On n'a pas l'impression d'un adulte qui fait comme s'il était jeune, et qui pose un regard condescendant sur cette période de sa vie. Wood injecte son propre vécu pour dépeindre avec sensibilité cette étape de la vie où l'on n'est plus un adolescent mais pas encore tout à fait un adulte. Riley et son addiction aux SMS est particulièrement touchante, surtout lorsqu'il lui faut franchir le pas d'un rendez-vous, bien réel celui-là. Wood agit donc comme un paratonnerre : il capte l'énergie, la fraîcheur et aussi l'incertitude et le spleen de la jeunesse actuelle.


Un mot sur les dessins de Ryan Kelly, qui est pour beaucoup dans le succès de ce bel album. Son style fait penser à un mix réussi de Paul Pope et Becky Cloonan et colle parfaitement à l'atmosphère développée par Wood. Kelly utilise un noir et blanc pur, soutenu par une utilisation intense de trames à points, qui lui permettent de créer artificiellement des nuances de gris. Grâce à un gros travail sur les visages, les vêtements, ou les postures, il réussit à dessiner quatre jeunes femmes sensiblement du même âge sans que jamais on ne les confonde. À noter aussi les magnifiques paysages urbains, rarement New York aura été aussi belle. Sublime.


Au dos de l'album il y a une petite illustration qui convient parfaitement pour résumer The New York Four : une jeune femme triste, le regard mélancolique perdu au loin, assise sur un cheval en bois dans un parc pour enfants. Tout est dit. Très sincèrement, à 37 ans, je ne pense pas représenter le cœur de cible de cette histoire, et pourtant j'ai beaucoup aimé cet album, à tel point que je l'ai lu d'un trait.

Tout à la fois évocation réaliste des petits et grands tracas de la fin de l'adolescence, du passage à l'âge adulte, et déclaration d'amour à Big Apple, The New York Four est une excellente surprise.



Stéphane Le Troëdec




Brian Wood (scénario), Ryan Kelly (dessins)

The New York Four + The New York Five

Édité en France par Urban Comics (10 juillet 2015)

Collection Urban Indies

294 pages noir et blanc, papier mat, couverture cartonnée

22,50 euros

ISBN : 9782365774109

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