Campo Santo & autres essais

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Rares sont les essayistes qui vous procurent un plaisir de lecture sans alourdir le propos et vous donner la migraine ; ainsi il en va de Pierre Brunel ou Christian Doumet pour la France, de Zbigniew Herbert pour la Pologne ou encore de W. G. Sebald pour l’Allemagne ; tous les quatre sublimes penseurs, érudits et surtout conteurs… Car réussir à embarquer son lecteur dans l’histoire de France via la rue des Martyrs (Brunel), ou à travers toutes les ruelles de Paris (Doumet), voire  dans l’Europe occidentale pour une découverte des villes et de la peinture (Herbert) n’est pas une mince affaire. Il faut du style, du panache, de la dérision, de l’humour et une immense culture générale qui permet de relier la petite histoire avec la grande, de digresser intelligemment sans égarer le lecteur ou nuire au propos. Un grand art que Sebald maîtrise ici totalement.

 

S’ouvrant sur un périple orienté dans les ruelles d’Ajaccio – s’enquérir de l’ombre par une après-midi ensoleillée sans perdre son temps – le promeneur Sebald nous livre quelques perles sur l’arrière-cour de l’histoire napoléonienne tout en dévoilant des lieux insolites où la mer n’est pas la seule beauté à côtoyer, la peinture y fait aussi escale : une Madone de Cosmè Tura, La Vierge et l’Enfant sous une guirlande de Botticelli ou encore L’Homme au gant de Titien, par exemple, valent à eux seuls le déplacement.

Après s’être extasié sur l’île de beauté qui porte effectivement bien son nom, tout en projetant une image synthétique d’une histoire culturelle beaucoup plus brassée qu’elle ne le revendique officiellement sans doute pour cela que Sebald la choisit pour aimanter l’attention qu’il voulait porter à une certaine vision du monde qui l’habite ouvre-t-il très vite, après quatre récits emblématiques, l’éventail de son propos quil articule autour d’une quinzaine d’essais, évoquant aussi bien une pièce de Peter Handke, Jean Améry ou Nabokov, sans oublier l’éternel questionnement que tout Allemand se pose sur la Seconde Guerre mondiale.

 

Jamais pompeux, précis et d’une rare objectivité, ce livre concentre toute l’abnégation portée au monde par un homme qui, très vite confronté à ses démons – entre autres, il haïssait son prénom qu’il jugeait marqué de l’infamie nazie – s’exila et entreprit un voyage spirituel par le métissage des cultures. Preuve, s’il en est, que la blessure n’est jamais totalement cicatrisée…

 

François Xavier

 

W. G. Sebald, Campo Santo, traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau & Sibylle Muller, Babel/Actes Sud, février 2017, 268 p. – 8,00 €

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