Au fil du temps avec Chantal Thomas

J’ai écrit les textes ici réunis de 2014 à 2018, au rythme d’une chronique par mois, pour le journal Sud Ouest. Et à la fin, en me retournant, j’ai senti qu’ils formaient un livre. Le voici, dit Chantal Thomas. Elle a bien senti l'intérêt de ce travail certes subjectif mais dont le souci est chaque fois de prendre en compte le lecteur et de penser à lui.

C'est une exquise attention que de lui faire partager, sans chercher à plaire à tout crin,  divers sujets apparemment disparates : des chauffeurs de taxi, des héroïnes de faits divers, des amoureux qui enferment leur cœur au cadenas traversent ces pages. Mais l'auteure nous propose aussi une bonne révision littéraire et artistique à travers ses propres goûts : Colette, Roland Barthes, Patti Smith, Voltaire ou Corto Maltese.
Le lecteur retrouvera aussi des silhouettes plus intimes croisées dans ses deux précédents livres - dont sa mère nageuse et sorte de modèle absolu.

Journal des matins ces textes proposent des voyages dans l'espace et le temps au fil des envies de l'auteur aussi à l'aise dans le roman, les mémoires que le chronique. Plutôt que de courir après le temps perdu (même si l'auteure a parfois un penchant pour lui) il s’agit de retenir ce temps à l’état pur cher à Proust.
Chantal Thomas garde en elle le goût pour la trajectoire même si - comme toute grande créatrice - elle refait toujours un même voyage. Et après tout c'est bien là le réel sens de la notion de trajectoire. Il est d’ailleurs possible que dans un tel cadre le recours au "moi" soit capital puisque tout y est affaire de courbes et lumière et que paradoxalement cette propension touche à l’indicible, à la préhension plus qu'au tapage et peut offrir au lecteur un miroir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Chantal Thomas, Café vivre, chroniques en passant, coll. Fiction & Cie, Seuil, mai 2020, 190 p.-, 17 €
 

 

 

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