Caledonia, de Daniel Defoe traduit pour la première fois en français

Caledonia est le nom latin de l’actuelle Écosse qui a été donné par les Romains aux terres qui se situaient au nord de leur province de Britannia. Emmanuelle Peraldo a choisi de conserver dans la traduction cette connotation poétique – ou romantique – qui est contenue dans ce terme essentiellement utilisé dans la poésie écossaise pour faire référence à une identité propre. En effet, Daniel Defoe, que tout le monde considère comme le « père du roman » à travers son célèbre Robinson Crusoe (1719) – alors qu’à l’époque il rejetait ce genre naissant – est avant tout un essayiste – Robinson fut écrit à l’âge de cinquante neuf ans – fort impliqué dans la politique internationale et le sujet de la Dissidence.

Mais, selon lui, sa plus grande entreprise auctoriale, était sa production de vers ; il avait l’ambition de devenir l’un des plus grands poètes d’Angleterre. Et il fut en passe d’y arriver : The True-Born Englishman (1700) fut le poème le plus vendu de la première décennie du dix-huitième siècle, et demeure très populaire encore aujourd’hui… Et ce n’est pas la seule œuvre qui connut le succès : Jure Divino (1706), un essai en vers en douze livres, était encore pris en modèle d’écriture politique au début du dix-neuvième siècle.

 

Caledonia est son dernier écrit poétique, avec une visée politique bien précise, dans le contexte de la campagne pro-Unioniste de l’époque, alors qu’officiellement, dans sa préface adressée au Parlement, Defoe se défend par le biais de la prétérition d’aborder ce sujet. Ainsi, cette pratique qui permettait à l’auteur de s’exprimer sur un certain nombre de faits et d’événements de son temps – sans en avoir l’air –, offre aujourd’hui au lecteur contemporain la possibilité de s’instruire sur les questions politiques et sociales du début du dix-huitième siècle.

Dans son utilisation de la forme poétique même, le pragmatisme de Defoe reste encore très perceptible et son absence de rigueur quand à la forme – il ne respecte pas toujours le rythme iambique ni le nombre de pieds – amena certains critiques à penser qu’il n’était pas talentueux ; d’ailleurs il est absent de la plupart des anthologies. Or, c’est totalement faux, Defoe est un poète majeur.

 

Caledonia est un « poème topographique » (Mueller) de soixante pages et 1265 vers. Defoe y fait l’éloge quasi rhapsodique de l’Écosse, vante la beauté de ses paysages et les traditions héroïques de son peuple. Une première partie décrit sur un ton élogieux et admiratif le pays, son climat et ses ressources naturelles ; puis une seconde partie aborde la bravoure du peuple écossais, dont Defoe glorifie les valeurs martiales. Une troisième partie referme le poème par un éloge des vertus de la noblesse et des familles écossaises.

 

Contrairement aux œuvres de Robert Burns ou Walter Scott, les poèmes de Defoe sur l’Écosse n’ont jamais été traduits en français (sic). Voici donc une injustice réparée par Emmanuelle Peraldo, qui est Maître de Conférences en histoire des idées et littérature britannique du dix-huitième siècle à l'Université Jean Moulin, Lyon 3. Elle est spécialiste de Defoe, et ses travaux portent sur le lien entre la référence et la fiction au XVIIIe siècle, notamment sur le lien entre histoire et fiction, géographie et littérature, écologie et littérature.

Comme Aragon, remarque-t-elle dans son introduction, qui ajoutait à sa traduction de Pétrarque la mention « imité de Pétrarque », elle s’essaya à cette paradoxale tentative de mimésis impossible, essayant de concilier la littérarité et l’interprétation, en respectant le sens tout en jouant sur les sons. Un peu comme Defoe entend rendre justice à l’Écosse, Emmanuelle Peraldo rend justice à ce texte si riche et si instructif, dont on espère qu’il ne restera pas ignoré des lecteurs et des critiques français.

 

François Xavier

 

Daniel Defoe, Caledonia (1706) – Poème en l’Honneur de l’Écosse et du peuple écossais, édition bilingue, notes explicatives et introduction critique par Emmanuelle Peraldo, préface d’Andreas Mueller, Honoré Champion, février 2016, 178 p. – 45,00 €

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