Jem et les hologrammes, tome 1 – Showtime

Jerrica Benton et ses sœurs ont décidé de monter un groupe pour participer à un concours de jeunes talents. Seulement, Jerrica a un gros problème : si ses prestations en studio sont excellentes, dès qu’elle se présente devant un public, sa timidité lui fait perdre tous ses moyens.
Elle découvre bientôt un secret familial : son père, un inventeur génial aujourd’hui décédé, lui a légué une intelligence artificielle. Synergy peut modifier à la demande l’apparence des chanteuses aux moyens d’hologrammes ultra-perfectionnés. Jerrica tient une solution pour palier à sa timidité maladive : sous une nouvelle identité, elle va devenir la chanteuse Jem.
Seulement, la nouvelle notoriété du groupe « Jem & les hologrammes » n’est pas au goût de tout le monde, et certainement pas d’un autre groupe de jeunes filles, les « Misfits » qui aimeraient bien, elles aussi, remporter le concours de jeune talent. Et dans la course au succès, tous les coups semblent permis…

 

Jem et les hologrammes, c’est tout d’abord un dessin animé du milieu des années 80 et créé par Hasbro dans le but de promouvoir de nouvelles poupées. Depuis une quinzaine d’années, les éditeurs sortent des adaptations en comic-books pour essayer de profiter de la nostalgie des lecteurs. Après Les Maîtres de l’Univers, les Cosmocats, ou bien encore la Bataille des planètes, il n’y a donc rien d’étonnant à retrouver le célèbre girls band de « Vitamine » et du « Club Dorothée » dans nos librairies. Seulement, cette adaptation n’aurait pu être qu’un travail de commande vite bâclé pour soutirer quelques billets à des lecteurs nostalgique. Seulement c’était sans compter que les auteurs avaient bien l’intention d’en faire tout autre chose : adapter le concept pour les années 2000 et proposer une relecture moderne.

 

Kelly Thompson et Sophie Campbell ont énormément de mérite dans cette fantastique réactualisation. D’abord parce que retranscrire le son et la musique en bande-dessinée n’a jamais rien de simple. Sophie Campbell avait donc la lourde tâche de réussir à transcrire un univers essentiellement musical en images. Elle choisit donc transformer les scènes chantées en véritable balais multicolores dynamisant et dynamitant sa mise en page. Les paroles se juxtaposent aux images et les couleurs chatoient. Le style de Campbell adapte parfaitement l’ambiance girly inhérente à l’histoire.

 

Mais la surprise ne vient pas des dessins, mais bien du scénario. Kelly Thompson a modifié en profondeur les personnages. Jem, c’était avant tout l’histoire d’un groupe de filles qui avançaient dans la vie grâce à leur passion. Et là, Thompson accentue ce principe en osant pas mal de choses : dans Jem, il y a donc des petites, des grandes, des minces, des grosses, des noires, des asiatiques, des filles qui aiment les garçons et des filles qui aiment les filles. Le tout sans jamais insister lourdement sur ce point, et avec une subtilité parfois étonnante et émouvante.


Et, surtout, toutes les relations sentimentales sont traitées avec la même importance. Jem et les hologrammes, c’est une histoire écrite par des filles, pour des filles (et aussi pour des garçons ouverts d’esprit), avec des filles qui s’assument complétement pour ce qu’elles sont, et sans se prendre la tête ni qu’on vienne leur prendre la tête. C’est surtout une grosse bouffée d’air pur dans un média depuis trop longtemps enseveli sous les super-héros mâles dépressifs et les super-héroïnes qu’on cantonne encore trop souvent à des stéréotypes (soit belle et tais-toi).

 

Toujours dans cet esprit d’ouverture, Kelly Thompson invoque autant les magical girls de la culture japonaise (auxquelles les transformations de Jem font clairement référence), que Shakespeare et son « Roméo et Juliette » (la Kimber de « Jem et les Hologrammes » aime une des méchantes « Misfits »). Et surtout, la scénariste parvient astucieusement à ne jamais tomber dans la mièvrerie ni les clichés lourdingues. Par exemple, les filles changent souvent de tenues et de look mais jamais parler chiffons.

 

En fin de compte, Jem et les hologrammes est l’exemple type du comic-book dont on attend rien et qui s’avère être une bonne grosse surprise. C’est pétillant, moderne, charmant, et c’est toujours positif. Et cette fraîcheur fait un bien fou. Lisez Jem et les hologrammes.

 

 

Stéphane Le Troëdec

 

 

 

Kelly Thompson (scénario), Sophie Campbell (dessin)

Jem et les hologrammes, tome 1 – Showtime !

Édité en France par Glénat (2 novembre 2016)

Collection Comics

176 pages couleurs, papier glacé, couverture souple

14,95 euros

ISBN : 9782344017715

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