Meursault, contre-enquête : le déni de Kamel Daoud

Comment peut-on se tromper de la sorte ?

Ce livre m’est tombé des mains à moultes reprises, tant par le rejet que provoque la mauvaise écriture, tant par l’insupportable ton que le narrateur se donne et prend vis-à-vis d’Albert Camus que par le dessein suintant la vraie-fausse bonne conscience, ou encore la faute de goût – et la faute professionnelle, mais on ne sait plus laquelle a le plus d’importance – envers l’œuvre de Camus qui ne méritait pas un tel procès par contumace, lâchement mis en cause sans qu’il ne puisse en répondre…

Soit Kamel Daoud ne sait pas lire, soit il prend son lecteur pour un sot ; gageons que cela relève un peu des deux hypothèses tant le discours est convenu, arrogant, méprisant.


Comment justifier d’apostropher de la sorte Albert Camus en lui faisant un faux procès, d’oublier la chronologie des faits pour servir son réquisitoire bien-pensant et ne jouer que sur la mode actuelle d’une repentance de bon aloi à obédience gauchiste et haine de soi, quand on voit ce qu’est devenue l’Algérie actuelle ? Certes, le colon Français n’avait pas de place légitime à occuper une terre qui n’était pas sienne, mais quid du devoir (et non du seul droit) de l’Algérien de savoir conserver tous les acquis laissés par « l’occupant » ? Au lieu de cela, depuis l’Indépendance nous n’entendons qu’un discours revanchard et larmoyant qui ne saurait cacher l’état de décrépitude d’un pays qui n’est plus, Alger la blanche est une décharge publique à ciel ouvert, l’Etat algérien une mascarade de pantins aux mains des militaires, le peuple un agrégat de zombies décérébrés soumis à l’onanisme religieux ; non, rien, plus rien ne subsiste de l’Algérie et ce n’est ni la faute d’Albert Camus, ni la faute des Français mais bien des Algériens ! Et ce n’est pas la seconde partie du roman, ajoutée à l’emporte-pièce en bouche-trou pour « pisser de la copie », qui légitimera le ton obséquieux d’un journaliste qui se prend pour un écrivain et qui règle ses comptes par tiers interposé.


Si monsieur Daoud a des récriminations envers la société civile, politique, économique et culturelle algérienne, qu’il n’utilise pas un faux prétexte (l’Arabe tué par Meursault n’est pas nommé) et une fausse cause (un racisme qui ne dirait pas son nom) en choisissant… la mauvaise cible. Car si l’on peut tout reprocher à tout le monde, on ne peut pas reprocher à Camus de ne pas aimer l’Algérie. Albert Camus était fou amoureux de ce pays, de TOUT ce pays, terre & Hommes confondus ; il n’y a donc absolument rien à voir de négatif, de réducteur, de raciste dans le fait de dire « l’Arabe ». Sauf à lire de mauvaise foi. Lire Camus demande un minimum d’intelligence, ce n’est pas un article de presse monsieur Daoud, la littérature quémande un peu plus de hauteur de vue !

 

Je ne paraphraserais pas FAL qui a déjà si parfaitement expliqué pourquoi ce livre était ridicule. Pourquoi, lui aussi, nuit à l’harmonie entre les Hommes ; fermons donc le ban et portons nous vers plus sérieux, au hasard, Le Maître et Marguerite de Mikhail Boulgakov, un écrivain, un vrai, lui…

 

 

François Xavier

 

Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête, Babel, avril 2016, 160 p. – 6,80 €

 

Première parution :

Actes Sud, mai 2014, 160 p. – 19,00 €

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