Pascal Quignard : ni anges, ni bêtes

Ces notes comme jetées à vif visent pourtant l’essentiel en taciturnes runes des éclats épars de la vie sexuelle : émane une sorte d'autobiographe mais sans affirmer de qui ou quoi. La vie sexuelle est ici dans l'infralangue qui efface les traces plus qu'elle ne les montre.
Mais il s'agit aussi et comme toujours avec Quignard  d'interpeller le silence sur ce sujet pour celles et ceux qui ne savent pas l'entendre. Le tout autant en un train de pensées que dans des  fusées de sensations que les vivants n’auront jamais eu la force de vivre tant ils sentent, entre angoisse et jouissance, tout l'inconscient qui s'y cache.
Et c'est ce qui tient Quignard dans une forme de gaieté pour ausculter l’innommable. Il bondit dans l'ombre pour y trouver appui. Nous sommes  avec l'auteur toujours dans la marge des paroles, au bord de l’effacement. Bref dans une langue en peine de paroles pour le chant profond du corps depuis l'enfance jusqu'à divers accomplissements plus ou moins ratés.
Chez lui le sexe n'est jamais celui des anges. Mais il est toujours traité dans la pudeur extrême même pour évoquer le plus brûlant. Si bien que le je qui parle ici ne cesse de mettre en doute la véracité de ce qu’il dit, mais il va parfois  jusqu’à se nier. Et à sa manière Quignard n’écrit pas un livre, il brode un tapis d’allusions. Car l’univers du sexe  n’a de mesure réelle que pour qui s’en fait humblement l’écho. C'est pourquoi jamais la voix de l’enfance ne se tait en lui. Sa naïveté tombe comme un don du ciel offrant aux mots desséchés l’éclat de la toute-puissante sauvagerie naissante de ce qui se cherche encore et toujours.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pascal Quignard, Compléments à la théorie sexuelle et sur l'amour, coll. Fiction & Cie, Le Seuil, janvier 2024,  368 p.-, 16€

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