Philippe Djian : sa vie est un roman

Il y avait bien longtemps que je n’avais lu biographie si astucieusement construite (pour dire vrai, depuis Louis Renault, de Laurent Dingli, Flammarion, septembre 2000), qui se lit comme un roman dirait le pousseur de poncifs qui n’a pas peur d’enfoncer portes ouvertes et canapés convertibles dans lesquels, d’ailleurs, vous irez vous enfoncer jusqu’au bout de la nuit pour suivre l’itinéraire d’un enfant gâté de la Littérature, j’entends par le talent, quand les autres le sont par leur art de la mondanité et de la mousse.
N’en déplaise aux grincheux, Philippe Djian est pur dans son dessein. Ni ours ni forte tête quand il refuse de monter à Paris, de voir les journalistes, de faire la promo comme un animal pris en pleine lumière, mais écrivain engagé dans sa seule langue française qu’il entend malaxer jusqu’à plus soif, lui faire rendre les armes de la facilité pour lui offrir d’être dans ses plus beaux atours et nous la montrer comme elle devrait, lavée des scories germanopratines que certains lui imposent pour courir les prix de novembre qui ne font désormais plus rire personne tant ils sont au-delà de toute intégrité ; à de très rares exceptions…

 

Ainsi il en va de Philippe Djian dont la légende aura précédé bien souvent l’homme, voire l’œuvre. Le livre de David Desvérité arrive donc à temps. Il balaye avec force détails les étiquettes idiotes qui collent encore à la peau de l’écrivain, repositionne correctement sa brouille avec Bernard Barrault – son premier éditeur – son rapport à l’argent, son amour de la musique, sa vie de famille, son héritage culturel américain (Faulkner, Salinger, etc.), ses débuts dans le journalisme (à Détective), sa bougeotte provoquée par ses proches pour l’empêcher de rester trop longtemps derrière sa machine à écrire, son enfance parisienne, sa découverte du Midi de la France, sa vie de bohême, le choc de 37°2 le matin, le succès soudain, la remise en question permanente (de son style et des sujets abordés) et les défis (comme la série hallucinante Doggy bag)…

Les pages défilent à la vitesse d’un polar que l’on dévorerait en quête d’une réponse, chose d’autant plus amusante que l’on connaît la fin, mais c’est dans la manière dont Desvérité déroule son fil rouge que l’on reste scotché.

 

Une biographie d’autant plus utile qu’elle donne aussi une référence bibliographique quasi-exhaustive : la totalité des textes écrits par Philippe Djian (en dehors de sa production romanesque) ayant été retrouvés à l’occasion de la rédaction de cet ouvrage.

 

François Xavier

 

David Desvérité, Philippe Djian. En marges, Le Castor Astral, éditeur, octobre 2014, 600 p. – 24,00 €

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