Les "insulae" de Marie Bauthias

Marie Bauthias ouvre nos sens à ce qui nous est caché sous le mot silence, écrit Laurent Cauwet. L'artiste en  ces fragments chargés d'une mémoire de l'écrit, de ses outils et de des supports émet ce qui est aujourd'hui inaudibles.  Elle cherche une parole originelle d'avant la barbarie. Mais elle le fait toujours avec pudeur, délicatesse mais aussi poésie insolente et humour.

Après Par(v)oi(e) de distraction(s), l'artiste redevient la louve des steppes qui s'empare au besoin des mots loups qui l'entourent et de l'usage qu'ils en font. Dès lors elle crée des pages magiques et anarchistes en lieu et place de leur habituel "mur".

C'est bien plus fort que les dazibaos car ici ce n'est pas seulement le langage et le graphisme qui sont coupés, concassés, recomposés. Marie Bauthias s'empare de leurs supports : papiers à lettres, pages de carnets, vieux registres, passe-partout et marie-louise, vieilles disquettes, éléments électriques de vieux engins d'enregistrements, œillets métalliques, papiers, scotchs, cartons (d'emballage ou d'encadrement), etc.

Tout devient ou redevient littérature, poésie et en signe le début – voire la fin. C'est une manière de jeter de l'encre sur les plastrons des pouvoirs. Pour y faire tache. Et que ceux-ci  ne comptent pas sur la Toulousaine pour jouer les blanchisseuses.
Elle devient, en solitaire, l'incarnation du très riche nihil dont parle le poète Andrea Zanzotto.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Bauthias, matière(s) à convers(at)ion, coll. Petits papiers, 210 x 155, Dumerchez, septembre 2021, 20 p.-

Marie Bauthias, Généa/logi(qu)e(s) illusoire(s), préface de Laurent Cauwet et lettre de Bernard Dumerchez, coll. Al Dante, Presses du réel, juin 2021, 240 p., 25 €

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