La dernière fois que j'ai vu Adèle

Adèle, 16 ans ne donne plus de nouvelles. Ses parents divorcés, Antoine et Marion, son frère Timothée sont rongés d’inquiétude. Certes les rapports entre mère et fille n’étaient pas au beau fixe. Ils étaient même conflictuels. A tel point que la mère redoutait sa présence à la maison. Depuis quelques mois, la lycéenne vivait dans sa bulle, ne s’habillait plus qu’avec des vêtements trop grands, uniformément noirs et avait des avis tranchés, d’un autre âge sur le rôle de la femme, la contraception.
Les parents, trop occupés par leur séparation, leurs activités, lorsqu’ils communiquaient encore, ne voulaient voir qu’une crise  passagère. Jusqu’à la disparition où l'angoisse monte d'un cran : a-t-elle fugué, a-t-elle été enlevée ?

Lors  d'un attentat islamiste au Forum des Halles, Marion imagine le pire : et si son enfant faisait partie des morts, des blessés ? 
Ses craintes se réalisent : la jeune fille est bien une victime et c’est encore plus terrible que ce qu’elle avait redouté : sur  la  photo des responsables du carnage, diffusée partout,  apparaît une certaine Hasna,  en qui elle reconnaît Adèle. Une Adèle dissimulée sous un hidjab, qui s’est déjà enfuie au plus profond de l’enfer, à Raqqa.

Le roman donne alors la voix aux différents protagonistes, les parents, les amis, le frère, des proches de jeunes fanatisés, une femme voilée, une  jeune française qui a fui la Syrie.

Le lecteur  assiste fasciné, stupéfait à une plongée dans les tréfonds de la radicalisation et comprend comment une jeune fille d’un milieu parisien plutôt favorisé, mais mal dans sa peau en arrive  à ces extrémités. Personne n'a rien vu, n'a rien anticipé. Marion, dont le métier est pourtant de décrypter les fragilités des autres n'a pas su   interpréter les signaux du mal-être. 
A l'intense culpabilité se mêlent les questions du pardon éventuel, du retour qui se fera, ou pas.

Subtil, profond, La dernière fois que j’ai vu Adèle,  écrit en tension de bout en bout explore le malaise adolescent, le désir d'idéal,  le questionnement des parents : qu'est ce j'ai raté, qu'est ce que je n'ai pas  vu, comment réparer ?
Dans son précédent opus, Danser, l'auteure décrivait déjà la complexité de la jeunesse, cette fois dans le monde de la danse classique.

Brigit Bontour

Astrid Eliard, La dernière fois que j'ai vu Adèle, Mercure de France, août 2019,  224 p.-, 18,80
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