Casanave et Rochier : Tu sais ce qu’on raconte…

On connaissait Gilles Rochier depuis le succès de TMLP (Ta Mère La Pute, Six pieds sous terre, 2011, primé à Angoulême) : chronique banlieusarde d’une bande de gamins paumés dans les terrains vagues d’une cité fraîchement sortie de nulle part. Il était question, déjà, d’une mauvaise réputation, poisseuse, qui colle à la peau de certaines ou de certains. Rochier dessine, il scénarise ses propres histoires comme un grand. Ici, il s’est associé au très talentueux Daniel Casanave – auteur de bandes dessinées –, qui illustre un propos venu tout droit d’une autre rumeur. Dans une ville anonyme, composite et byzantine avec tourelles, toits pointus et rivière sinueuse – plaisir de l’œil assuré ! –, les balayeurs, les couvreurs, les passagers du bus, les cyclistes en goguette, le boucher avec ses clients, la punkette du coin, la marchande de chemises […], tout le monde et chacun colporte la nouvelle qui n’amuse personne : le fils Gabory est de retour en ville. Sa mère serait morte folle. Dans le temps, on le surnommait « le placard »  – ses camarades de classe l’enfermaient –, il était gentil, il ne fréquentait personne, mais il a tué une jeune fille dans un accident de la route. Aucune condamnation…

 

Pourquoi remet-il les pieds dans une ville ou chacun se passe le relai des médisances à son sujet, où personne ne l’attend, où tout le monde le craint ? Mystère et boule de gomme. Cette histoire illustre une malédiction sans fin, qui sent le ragot et le commérage homérique à plein nez. Personne ne sait plus ce qu’on reproche au « môme », né en ville et qui a le droit de faire son retour, après tout. Gabory, revenu pour se venger ? Peut-être que oui, peut-être que non. En attendant, les gendarmes sont sur le pied de guerre, la ménagère prend peur, l’habitant patrouille en bande. On lui promet une bonne raclée, au fils Gabory. On ne vous en dira pas plus.

 

Frédéric Chef

 

Daniel Casanave, Gilles Rochier, Tu sais ce qu’on raconte…, Warum, janvier 2017, 88 pages, 15 €

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