Jean-Claude Pinson : réhabiter le monde

Peut-on se contenter de paisibles retraites loin des fureurs du monde et créer égoïstement des remugles personnels  lorsque l'asile global devient une misérable demeure ? Non. Et Pinson rappelle qu'il s'agit pour tout poète de réviser ses objectifs  en écho implicite à Thoreau et autres bucoliques.
Contre les forces organisées et la misère du plus grand nombre le poète digne de ce nom doit réagir et ne pas se contenter de dévisager tous les désastres en cours.

Comme Michel Foucault le fit Pinson en appelle à une utopie ayant comme lieu précis le réel pour le rendre à nouveau non seulement désirable mais vivable. Bref il en appelle à celles et ceux qui par un nouveau langage et une grammaire inédite redonnent sens à la vieille idée poétique une habitation "pastorale" au sens le plus large pour lutter contre l'anéantissement de la planète par ceux qui s'en croient les propriétaires.

L'auteur revendique la poétique d'une écologie dernière afin de recomposer un temps vraiment humain et afin que, comme écrit Didi-Huberman, la Survivance des lucioles (entre autres) permette de lutter contre la mort de la planète.
L'humanité a peut-être encore une chance. Et la poésie – même dans sa faiblesse – doit y contribuer. Elle peut redevenir la parole de l’origine, le recommencement offert aux êtres (doués de raison ou de folie) que nous sommes. Car elle porte la mémoire des communautés humaines et – écrit l'auteur – demeure musaïquement accordée à une nature afin que le monde continue à être habitable.

Dès lors, le thème pastoral ne serait-il pas ‘le seul thème poétique" ? Pour Pinson le doute n'est pas permis. C'est la poésie même.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Claude Pinson, Pastoral – De la poésie comme écologie, coll. Essai. Champ Vallon, mars 2020, 174 p.- 18 euros

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