Annie Cohen : revivre dit-elle

Pour Annie Cohen le journal n'est pas une peau ou une pellicule. Il n’est pas plus un écran. C’est un bain capable d'atteindre la vie, d'y revenir en symbiose après l'AVC qui terrassa l'auteure en 1999.

Suite à cet accident cérébral elle circule en fantôme autour de sa vie. L'existence  semble sinon s'effacer du moins se réduire à des mouvements les plus simples mais qui sont tout autant compliqués à qui perd son autonomie.
La vie devient soudain cette chora dont parle Didi-Huberman : lieu opposé à l’espace. Mais en même temps elle est espace sans lieu capable d’être perçu ou plutôt appréhendé nettement, consciemment.

Néanmoins l'auteure en réinvente la transfusion, là où l'intime se mêle à l'imaginaire. Ce qui donne au journal un caractère particulier. En ce sens il nous regarde tout autant que nous le regardons. Et sa motilité fait émerger ce que l'auteure croyait disparu et dont elle réanime des flammes éteintes sous la cendre.

C’est un écrin à hantise, un souffle qui attise la mémoire morte pour qu’elle redevienne vive. L'auteure casse le marbre de l'épisode  et en récupère la poussière de vie.
En se sens la maladie n’est jamais un deuil, un temps arrêté, une posture figée. Elle nous parle à mesure que l'écriture en ses "prières" déroule ses rouleaux loin de tout confort.

Elle est aussi le combat avec l’impossible. Dès lors le journal n'est pas un assembleur mais préméditeur»d’angles de vie au nom de l'amour sans lequel rien n'aurait été possible. Avec lui une rose suffit à l'aurore.

Jean-Paul Gavard-Perret

Annie Cohen, Puisque voici l'aurore, éditions des femmes, Antoinette Fouque, janvier 2020, 125 p.-, 14 euros

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