José Carlos Somoza, "L’Appât" : tuer par plaisir !

Le psynome est l’expression mathématique du plaisir. Le mien, le votre. Une clé qui permet aux experts en psychologie de décrypter votre codé génétique du désir. Lesquels sont classifiés selon des caractéristiques communes. Chaque groupe est appelé philia. Il en existe cinquante-huit sortes. Tous ceux qui appartiennent au même philia réagiront aux mêmes stimuli de plaisir. On se gratte une jambe. On hausse un sourcil. On pleure. On a un orgasme.
Mais si le stimulus est très intense, on peut être possédé. On en devient son esclave. Le sujet fait alors n’importe quoi. Il tue. Il se tue. Il torture. Il viole. Etc.
Le plus hallucinant, c’est que les stimuli peuvent être représentés. Feints, en quelque sorte. Joués, comme sur une scène de théâtre. Tout un cérémonial que les experts nomment masque. Personne n’y résiste. La possession est totale !
Toutes les conjectures sont possibles... Chacun de nous est prédestiné. Et le hasard fait le reste. Ainsi nous n’aurions pas d’autre solution que de faire ce qui nous plaît ? Tout ne serait alors que quête d’un plaisir...

La police espagnole a très vite compris. Elle a engagé un éminent psychiatre qui est parvenu à décrypter les codes de toutes les philia. Cela faisait cinq cents ans que nous les avions sous les yeux. Le théâtre de Shakespeare les a toutes exploitées. Les présentant dans chaque pièce. Il n’y avait plus qu’à trouver les bons codes pour mettre au point une technique imparable.
Ainsi sont nés les appâts. Des policiers des deux sexes dotés du pouvoir absolu. Attirer à eux les pervers sexuels. Les voleurs. Les escrocs. Et les confondre. Voire les détruire lorsqu’il s’agit de psychopathes... Bien entendu, cette division est officiellement inexistante. Seul le Premier ministre en est informé via un agent de liaison. Mais toutes les polices du monde ont leurs appâts...
La meilleure d’entre eux se nomme Diana Blanco.


"On nous choisissait parce que nous jouissions en détruisant ceux qui détruisaient, et nous nous y adonnions entièrement. Nous étions des bombes pleine de vengeance et peu nous importait d’exploser à côté de gens cruels."

Diana s’apprêtait à prendre une retraite méritée à vingt-cinq ans. Quand sa sœur disparaît. Il semble qu’elle soit la dernière victime du Spectateur. Un tueur en série qui sévit dans la région de Madrid. A moins que ce ne soit l’Empoisonneur. Deux malades mentaux terrorisent l’Espagne depuis quelques mois et toutes les polices s’y cassent les dents. Seule Diana pourrait remonter la piste. Pour cela il faut hante les rues. Se faire désirer.
Devenir l’élu du monstre. Mais est-ce suffisant ?

José Carlos Somoza est un psychiatre cubain qui s’est installé à Madrid voilà quelques années. Ses romans sont totalement hallucinants. Bien au-delà du simple polar, ce sont de véritables combinaisons littéraires qui associent l’érudition au suspens. Une narration de grande qualité à des atmosphères particulières.
Une nouvelle réussite pour cet écrivain que l’on suit ici depuis ses débuts. Incontournable...

Annabelle Hautecontre

José Carlos Somoza, L’Appât, traduit de l’espagnol par Marianne Millon, Actes Sud,  "Lettres hispaniques",  octobre 2011, 411 p. - 23,00 €    

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