Nicolas Saudray, 1870 - 1914 - 1939, Ces guerres qui ne devaient pas éclater : Guerres inutiles

Ce livre démontre que les trois guerres les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité et qui ont mené l’Occident au bord du gouffre, furent causées par les courtes vues des élites occidentales et leur incapacité à saisir les réalités qui les cernaient, c’est-à-dire à gouverner au sens des originel de ce mot. Elles voulaient régir le monde, elles faillirent donc l’entraîner sa perte.

 

1870 : sous le prétexte que Guillaume II de Prusse  veut mettre sur le trône d’Espagne un Hohenzollern, le gouvernement de Napoléon III commence à s’agiter. Un prétendu refus de Guillaume de recevoir l’ambassadeur français – la fameuse dépêche d’Ems – met le feu aux poudres. On mobilise. La France perd la guerre et 180 000 hommes, l’Alsace-Lorraine est annexée, l’Empire tombe. Puis c’est la Commune.

Tout cela aurait pu être évité avec un peu de sang-froid : d’abord, Léopold de Hohenzollern, qui  portait du sang Beauharnais et Murat, ne représentait aucun danger pour la France, ensuite sa candidature avait été retirée. Mais les traîneurs de sabre français et allemands n’entendaient pas perdre une occasion d’en découdre.

 

1914 : l’assassinat du prince héritier d’Autriche-Hongrie, l’archiduc François-Ferdinand, et de son épouse  par un nationaliste serbe met en branle un vaste échafaudage d’alliances et de rivalités qui chancelle depuis des années sous les vents d’humeurs changeantes et d’amours-propres sourcilleux. L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie, la Russie prend le parti de celle-ci, l’Allemagne celui de l’Autriche-Hongrie, la France mobilise, l’Italie se range à ses côtés, l’Angleterre, qui a incité l’Allemagne à l’offensive finira par s’opposer à elle…et l’Europe prend feu. La civilisation était-elle menacée ? Non : désormais elle l’est. On sait la suite : quelque 5 millions de morts et trois fois plus de blessés, sans compter les conséquences ; pour 1 310 000 tués au combat, la France enregistrera un déficit de naissances de 1 400 000. C’est cher payer une victoire qui ne durera que vingt ans.

 

1939 : la mise en œuvre d’un plan de coupes taillées de l’Europe par Hitler et Staline, celui du pacte Molotov-Ribbentrop,  prend la France et la Grande-Bretagne de court. L’Italie est passée du côté de l’ennemi. Quand Hitler s’attaque à son propre allié, Staline, le conflit gagne tant d’ampleur que les Etats-Unis, jusqu’alors isolationnistes, mais surtout poignardés dans le dos par le Japon, se décident enfin à prendre parti. Ce troisième conflit est mondial. Il ne prendra fin que sur le coup de gong apocalyptique de la bombe d’Hiroshima.

 

Tel est le tableau que Nicolas Saudray dresse de ces trois guerres inutiles. Sa clarté analytique en met en lumière tous les éléments et les carences de tous les responsables. Il devrait figurer dans tous les programmes scolaires.

On peut toujours émettre des critiques sur des projets aussi ambitieux ; la nôtre est qu’il n’accorde pas une place suffisante aux mentalités, ces dispositions collectives qu’on désigne parfois abusivement sous le nom de cultures.

Mais peut-être y faudrait-il un autre ouvrage.

 

Gerald Messadié

 

Nicolas Saudray, 1870 - 1914 - 1939, Ces guerres qui ne devaient pas éclater, Michel de Maule, mars 2014, 277 p., 20 €

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