Richard Morgièvre dérive dans l'exotisme

Richard Morgièvre à travers son précédent livre Les hommes (2017) créa avec pertinence et de manière paradoxalement précise une instabilité. Ici les références à la narrativité plus classique est très (trop ?) marquée et sort d'une telle approche d'autant que l'auteur joue d'un exotisme dont la nécessité est plutôt anecdotique.

L’auteur ne cherche pas ici à dénoncer la parole ou à casser la probabilité des images. Il conduit le roman moins vers un silence ou au plus près de la vérité même si son "Cherokee" comprend qu'un sentiment de nécessité peut être suivi d'un sentiment d'absurdité.

Ce héros a du mal à distinguer ce qui arrive - ou pas - mais l'artiste éclaire ici son parcours par une lumière où l'anecdote prend le pas sur la profondeur. Apparaissent différents degrés de perception du réel et de soi mais  la narration ne cherche plus à creuser une incertitude foncière que Morgièvre entamait avec plus de force dans son précédent livre.
Celui-ci est sans doute plus romanesque mais l'épaisseur se dilue dans l'anecdote exotique là où l'armée et le FBI sont sur les dents.
Les problématiques chères à l’auteur s'estompe dans une aventure qui n'a d'intérêt que pour ceux qui recherchent dans la fiction une simple histoire.

De Morgièvre nous pouvions attendre plus et mieux.
Et si toute œuvre est une machine à remonter le temps, dans ce roman, elle ne peut fonctionner qu'en se détraquant ou plutôt en se diluant dans une aventure qui offre de moindres potentialités d'interprétations.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Richard Morgièvre, Le Cherokee, Joelle Losfeld éditions, janvier 2019, 476 p., 24 €

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