Dictionnaire Clint Eastwood

un shérif à Hollywood


Dans mon panthéon des acteurs américains, Clint Eastwood occupe une place à part.


Je l’ai découvert très tôt (pour moi, pas pour lui). Dans Magnum Force. En 1973. C’est vous dire si ça ne date pas d’hier. Par la suite je n’ai manqué aucun de ses films sur grand écran. La vidéo m’a vite permis de combler des manques dans ma culture eastwoodienne et de découvrir cet incroyable ovni cinématographique qu’est Pink Cadillac (que je recommande chaudement à tous les amateurs de navets).


J’avoue que, bien que considérant Impitoyable comme l’un des plus grands westerns de tous les temps, je suis plus sceptique sur d’autres œuvres. Gran Torino m’a non seulement déçu mais passablement énervé. Le reste est très inégal. Mais Clint y est toujours Clint...


Au fil des ans et des décennies je l’ai donc vu grandir (sur le plan de la notoriété car physiquement il était déjà assez grand) et acquérir de l’importance face à l’intelligentsia critique. Il fut longtemps la vedette n°1 du box-office américain. Place qu’il disputa avec Burt Reynolds, dont plus personne ne parle aujourd’hui. Les deux acteurs se jalousaient. Si Eastwood fit Doux, dur et dingue et Ça va cogner (quels titres !) ce fut pour marcher sur les plates-bandes de Burt et de ses Cours après moi shérif (si, si !). Si Reynolds fit L’Antigang ce fut pour rivaliser avec l’inspecteur Harry.


Bien entendu, personne ne songera jamais à faire un Dictionnaire Burt Reynolds, alors qu’il existe déjà de nombreux livres sur Eastwood, donc des biographies fort copieuses. Ici l’auteur Andrea Grunert se propose de découper la carrière de Clint sous forme de rubriques pour mieux en faire ressortir les points saillants. Tous les films y sont présents ainsi que de nombreux thèmes chers au réalisateur. Car c’est surtout – et c’est logique – l’Eastwood cinéaste qui se trouve mis en avant. L’acteur, lui, s’étant plié à des films rapidement reniés. D’où le fait que Quand les aigles attaquent soit balayé en quelques lignes.


Ce dictionnaire permet de mieux connaître l’univers de ce grand monsieur. Ses obsessions, ses thèmes récurrents et sa volonté de sortir des sentiers battus, excepté quand la Warner lui demandait de monter des films pour faire rentrer des dollars dans les caisses vides (d’où l’existence d’un dernier épisode des aventures de l’inspecteur Harry de très faible intérêt).


Cet inspecteur Harry se taille d’ailleurs la part du lion dans ce dictionnaire car la plupart des rôles de Clint (surtout policiers) lui sont comparés. Les autres étant comparés à l’homme sans nom des westerns de Sergio Leone.

L’ensemble conserve un aspect universitaire et ressemble à une thèse de doctorat (ce qu’elle est). Néanmoins, Grunert sait ne pas s’enfoncer dans les analyses stériles et ne pas combler le lecteur avec des considérations oiseuses. Elle fournit souvent des éléments pour mieux appréhender le cadre dans lequel les films ont pris naissance.

Personnellement je ne vois pas trop l’intérêt de courtes rubriques évoquant divers acteurs ayant collaboré avec Eastwood. Et aucun scénariste ?


De plus, l’entrée « Noir » est surprenante. Là où l’on s’attend à la place des Noirs dans le cinéma de Clint, on se retrouve avec trois pages sur l’esthétique du noir (le côté obscur de l’image !) dans ses films…


La vie privée n’est traitée que par bribes. Dommage car il y aurait beaucoup à dire sur Eastwood et les femmes et sa relation très tumultueuse avec Sondra Locke que, par ailleurs, il nous imposa dans plusieurs films (cette manie qu’ont les gens de cinéma d’imposer leurs compagnes !).


L’ensemble est pertinent et parfaitement digeste. L’auteure tient son sujet et possède une connaissance cinématographique solide. Qu’elle prouve en balançant à tout propos des titres d’autres films dits de référence ; c’est de bonne guerre.


En revanche il m’est difficile de cautionner le fait que La Kermesse de l’Ouest fut "l’unique film" de Joshua Logan. Ce metteur en scène très réputé à Broadway a quand même réalisé une douzaine de longs métrages (avec Marilyn Monroe, Marlon Brando, Henry Fonda…) On lui doit notamment l’adaptation américaine de notre Fanny nationale (avec Charles Boyer dans le rôle de Raimu, faut le faire !)



Philippe Durant


Andrea Gubert, Dictionnaire Clint Eastwood, Vendémiaire, novembre 2016, 251 pages, 28 €

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