Enfin toutes les nouvelles de Faulkner en Pléiade !

Les cinq premiers tomes de la Pléiade consacrés à Faulkner permirent de condenser pour le lecteur attentif dix-sept romans (de Sartoris, 1927 à Larrons, 1962) ; le sixième – et dernier – livre toutes les nouvelles en un seul volume – une centaine – dont certaines étaient encore inédites en français. Et se permet de n’avoir pas son équivalent en anglais (sic) ; ainsi l’esprit novateur de Paris qui a prévalu à la toute première publication de Ulysses plane derechef sur Saint-Germain-des-Près… 
Arrivant en dernier cela ne veut pas dire qu’elles sont superficielles, bien au contraire ! N’oublions pas que trois romans prennent leurs sources dans les nouvelles qui les ont précédés : Les Invaincus (1938), Descends Moïse (1942) et Le Gambit du cavalier (1949), en tout près d’une vingtaine qui furent ainsi réécrites et remaniées pour devenir des chapitres à part entière.

 

D’autre part, il serait faux de classifier les nouvelles de Faulkner comme un genre méprisé par l’auteur et uniquement utilisé pour palier à ses récurrents problèmes financiers. Si Faulkner se disait poète raté, piètre nouvelliste pour en arriver à n’écrire que des romans, il faut situer ces déclarations dans leur contexte : en 1956, sa notoriété aidant, on peut penser qu’il faisait un peu le pitre lors de cet entretien avec Jean Stein.

 

La plupart des nouvelles – comme pour ses romans, d’ailleurs – se situent dans le Sud ; la plupart dans le Yoknapatawpha, comté apocryphe, disait Faulkner, autant dire totalement fictif, même si l’on peut penser qu’il est calqué sur celui de Lafayette et la petite ville d’Oxford.

Toujours dans l’entretien avec Jean Stein, Faulkner rappelle qu’un écrivain « n’a besoin que de trois choses, l’expérience, l’observation et l’imagination ». Ainsi créa-t-il des êtres crédibles, des situations possibles de manière à pouvoir toucher le lecteur de la manière la plus efficace possible.

 

Dans ce territoire de l’imaginaire, les nouvelles de Faulkner offrent le spectre complet d’une société rurale uniquement peuplée de blancs qui s’agite dans le cadre de la petite ville de Jefferson, centre économique et politique du comté. On y trouve l’aristocratie locale, sa classe moyenne, ses pauvres : un résumé du monde moderne que l’auteur peut à loisir déconstruire, étudier, déréguler et remodeler selon ses aspirations en y appliquant les intrigues adéquates.

Faulkner met en lumière le crépuscule de la bonne société et de ses principes de caste qui s’opposent aux petits Blancs, pauvres, mais ayant un sens aigu de la famille, les qualités de fierté et de courage, d’endurance et de compassion, de droiture et de haute moralité qui font la grandeur de l’homme et qu’il célébra à Stockholm, en 1950, dans son discours de réception du prix Nobel.

 

La vision que donne Faulkner des Noirs n’est en rien paternaliste, comme certains ont cru le percevoir, son regard n’est jamais univoque : ils les décrit comme sachant exploiter les failles des Blancs et leur sentiment du supériorité.

Le portrait des Noirs que dessinent les nouvelles est donc multiple et complexe : stéréotype du Noir ignorant et objet comique, ou du Noir menaçant avec son couteau voire bouc-émissaire que l’homme blanc sacrifie.

 

Comme plusieurs romans de Faulkner, nombre de ses nouvelles sont des histoires d’éducation ou de formation, de passage de l’innocence à l’expérience, de découvertes par un adulte d’une noblesse de comportement…
À cela il y ajoute une voix, ce style génial qui unie toutes les voix de ses personnages en une seule musique qui les subsume toutes, et qui, paradoxalement, ne peut s’entendre que sur la page.

Est-ce sans doute pour cette raison que Faulkner est devenu un mythe en France, une référence absolue si l’on en croit Pierre Bergounioux… Avec ce volume, le lecteur pourra revisiter les nouvelles dans leur contexte et ainsi les entendre au plus près de leur juste valeur.


Avec Fitzgerald et Hemingway, Faulkner est le troisième homme de ce trio magique des nouvellistes anglo-saxons du XXe siècles. Et peut-être le tout premier, selon la New york Times Book Review qui le place alors au-dessus de tous les écrivains américains, même Henry James.

 

Ce volume contient :

Croquis de La Nouvelle-Orléans. Contes : «Mayday» - «L’Arbre aux Souhaits». Nouvelles recueillies : I. La Campagne - II. Le Village - III. La Forêt sauvage - IV. La Terre vaine - V. L’Entre-deux-mondes - VI. Au-delà. Nouvelles non recueillies par l’auteur - Nouvelles posthumes - Fictions autobiographiques brèves. Appendice : Version originelle de nouvelles ultérieurement remaniées et insérées dans La Ville ou La Demeure.

 

François Xavier


William Faulkner, Nouvelles, trad. de l’anglais (États-Unis) par Jules Bréant, Louise Bréant, Maurice-Edgar Coindreau, Didier Coupaye, Renée Gibelin, Michel Gresset, François Pitavy, René-Noël Raimbault, Henri Thomas, Ch.-P. Vorce et Céline Zins et révisé par François Pitavy ; édition de François Pitavy, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade, n° 620 », mars 2017, 1824 p. – 67,00 euros jusqu’au 31/12/2017 puis 74,00 euros

1 commentaire

Excellente présentation de ce volume.Merci.