Ariane Bois, "Dakota Song", roman de l’immeuble le plus étonnant, le plus délirant qui soit, si emblématique de l'Amérique

En 1970, Shawn Pepperdine, un jeune homme de vingt ans voit son meilleur ami mourir sous ses yeux, assassiné par des voyous. Menacé lui-même il n’a pas d’autre choix que de fuir Harlem et de se réfugier aux antipodes de son quartier natal au Dakota, l’immeuble mythique de New-York où travaille son oncle.

Le Dakota est l’immeuble le plus étonnant, le plus délirant qui soit, un château médiéval avec un terrain de cricket et un jardin sur le toit. Ses habitants, tous de très bonne famille, sont de fortune et de réputation sans tache. Pour y habiter, il fallait (et il faut toujours, être coopté) par les autres propriétaires. Un nouveau riche a peu de chances d’intégrer le club très fermé de l’immeuble. C’est dire si Shawn, le jeune noir fait profil bas avant d’être accepté puis apprécié de certains des habitants, dont font partie Lauren Bacall, Léonard Bernstein ou Rudolph Noureev. Sans parler de John Lennon qui fit scandale lors qu’il acheta un premier appartement en 1972 avant d’être assassiné quelques années plus tard devant le porche de l’immeuble.

Le jeune homme, bientôt embauché comme portier s’intègre et devient ami avec Nigel, le professeur homosexuel de Columbia, mais surtout observe la vie des rich and famous, qui est loin d’être un long fleuve tranquille. Chérie, Abigail, Nathan, Andrew, Tyler sont animés des passions humaines les plus diverses qui n’échappent pas au garçon.

Au fil des pages, il devient le mémorialiste contemporain des années soixante dix à New-York. Une décennie électrique où les droits civiques, l’égalité des sexes sont loin d’êtres entrés dans les mœurs.

De son poste, avec une intelligence et une sensibilité hors pair, Shawn assiste à la fin de la guerre du Vietnam, au Watergate, à la grande panne d’électricité de 1977, aux luttes pour l’égalité raciale.

Dans Dakota Song, la vitalité de la ville irradie les courts chapitres, écrits comme des nouvelles. Intensité qui donne à ce roman choral une énergie et une vivacité rares. Ariane Bois, qui a vécu au Etats-Unis et a longuement visité le Dakota, prouve en sortant de ses thèmes de prédilection, la seconde guerre mondiale et la Shoah, qu’elle peut enchanter le lecteur avec un sujet radicalement différent.

Pour célébrer un lieu aussi universel devant lequel fut tourné Rosemary’s Baby, il fallait un roman de la trempe de Dakota Song

Brigit Bontour

Ariane Bois, Dakota Song, Belfond, mars 2017, 441 pages, 20 €

> Lire l'interview d'Ariane Bois au sujet de Dakota Song

 

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