Dans le refuge des heures : Christine Valcke

Christine Valcke est une artiste rare : chez elle l’ombre lève l’ancre  par effet de noir. Dans Une image du temps, l’artiste déplace le texte de Jacques Ancet bien au-delà de ses bases. Les lithographies éteignent les grandes veilleuses qui donneraient corps au paysage. Restent les fenêtres qui boudent le réel. Celui-ci est contraint à faire machine arrière au profit d’une vision d’envers. L’image  venue de lieux mouillés d’outre-suie pour guette le passage du temps avec une sévérité de pierre.

D’une faufilure sombre Christine Valcke festonne des carrefours, borde des nues, brigande quelques verticales, effiloche des pans. Trieuse des clartés l’artiste au besoin écorche des ciels déchus. Elle les pend par des cheveux. Des trames voilent l’horizon, des lignes de labours célestes détrempent leurs plis dans des outres de brouillard quasi métaphysique. Ce n’est ni charmant, ni insolent mais profond, subtil et sans bravade en un caban de ténèbres.

La noirceur  vient en pécheresse exténuée s’agenouiller dans le blanc. Des brides de chevaux invisibles se mettent en croix. Mais on ne peut parler de tristesse. Des steppes sombres de l’hiver surgissent des épingles noires. Elles font des grâces à la blancheur par quelques malices. Le temps où les amoureux emmêlés pataugeaient dans leurs linges éparpillés se perminent. Mais l’éternité provisoire s’impose comme unique vérité. La monteuse de crépuscule y recompose son ode à la vie aux claires-voies de ses mains votives, philosophales, émotives.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Christine Valcke, Œuvres récentes, Librairies Ombres Blanches, Toulouse, du 17 mars au 14 avril 2014
Une image du temps », Atelier de la maison du Roy, Sigean, texte de Jacques Ancet

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