Pierre Richard, Le grand blond en arrière

Pierre Richard n’en est pas à son premier ouvrage où il se raconte.

Il a déjà commis Le Petit Blond dans un grand parc (Orban, 1989) – où il racontait son enfance de « gosse de riche » -, Franchise Postale – sous-titré Autoportrait par correspondance – (le cherche midi, 2010) et Comme un poisson sans eau – sous-titré Détournement de mémoire (le cherche midi, 2003). Il a donc déjà beaucoup dit mais quand on a une carrière comme la sienne on a toujours de nouvelles choses à dire. D’où ce nouvel opus qui se veut une véritable autobiographie, même si elle n’en a pas tout à fait la forme.

Pour rappel aux jeunes têtes blondes qui ne connaissent M. Richard qu’à travers deux ou trois « vieux » films, il fut une énorme vedette comique dans les années 70-80. Pratiquement toutes ses prestations cinématographiques débouchèrent sur des triomphes. On le comparait quasi à Louis de Funès (avec qui il faillit tourner L’Aile ou la cuisse !). Acteur mais aussi réalisateur, il a travaillé avec les meilleurs du genre.

Un grand monsieur mais ne se prenant jamais au sérieux. Et, pour l’avoir croisé à plusieurs reprises, j’affirme qu’il n’a pas changé d’un iota. Ni un faux comique, ni un carriériste, ni un champion de l’esbroufe ; un homme naturellement drôle et d’une franchise exempte de fausse modestie.

Heureusement ce Je sais rien mais je dirai tout (titre de son livre comme ce fut le titre d’un de ses films – pas forcément son meilleur) reste à son image : empli de drôlerie, d’anecdotes loufoques et de réflexions sincères. Quand Pierre Richard se raconte c’est un peu comme s’il racontait des aventures (et des mésaventures) survenues à un autre. Il est le premier étonné de tout ce qui a pu lui arriver et s’affiche, dès lors, plus en témoin qu’en meneur de jeu. Ça change des Mémoires de hâbleurs que l’on nous assène habituellement.

Cette fois, il passe pratiquement tous ses films en revue (il en manque quelques-uns, au lecteur de les découvrir). Avec pour chacun d’eux, des faits précis ou des divagations qui peuvent l’entrainer loin, très loin. Pierre laisse vagabonder ses souvenirs comme il laisse vagabonder son imagination. Qui lui en ferait le reproche ?

D’autant qu’il est un compagnon de voyage des plus plaisants et revisiter sa carrière avec lui n’a rien de douloureux ni d’ardu. Par moments, on souhaiterait qu’il en dise plus mais il faut le laisser à sa nature quelque peu indolente.

En revanche, je suis plus sceptique sur la forme de ce livre. Officiellement il s’agit d’un livre d’entretiens. Questions (de Jérémie Imbert), réponses (de Pierre Richard). Certes. Mais il est heureux que M. Richard fasse souvent des réponses longues, pleines d’humour car les questions brillent rarement par leur pertinence ni même par leur intérêt. Certaines (vis-à-vis de Francis Veber) sont même à la limite de la désobligeance. Personnellement, si j’avais eu à éditer un tel ouvrage, j’aurais purement et simplement supprimé les questions pour ne garder que les propos de Pierre Richard, véritable suc d’un fruit frais (ce genre de réflexion va m’empêcher à jamais d’œuvrer pour Flammarion !)

Hormis ce point de détail, les amateurs de Richard (et ils sont nombreux !) ne seront pas déçus. Ils ne demanderont qu’une chose : à quand le prochain ? Et tous d’un seul cri, hurleront : Pierre, tu nous manques !


Philippe Durant


Pierre Richard avec Jérémie Imbert, Je ne sais rien mais je dirais tout, préface de Gérard Depardieu, Flammarion, mai 2015, 343 pages, 21€


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