Pierre Schneider revendique le droit à la beauté

Pierre Schneider (1925-2013) écrivit chaque semaine – en sus des périodiques américains dont le New York Times – un billet dans L’Express, de 1950 à la fin des années 1990. Du temps où ce journal ressemblait encore à quelque chose, avant que monsieur Drahi n’achève la souffrance de ce qui restait de Rédaction en fusionnant ce titre avec Libération et BFM dans un conglomérat visant à désinformer la population ; bref, c’était l’époque où lire un magazine signifiait encore quelque chose : il y avait une véritable politique éditoriale, un esprit, une insolence, de l’envie ; on ne prenait pas le lecteur pour un gogo qui n’est bon qu’à consommer.

Et donc on lui donnait à lire des choses intelligentes, à commencer par un article sur l’art… L’Express de Grumbach c’était tout de même autre chose que la feuille de chou de l’homme à l’écharpe rouge…

 

Pierre Schneider n’aimait pas qu’on le qualifiât de journaliste – j’en connais un autre – car il n’aimait pas la classification ni la catégorisation sociale d’un individu ; pas plus qu’il supportait le consensus de l’universel reportage dont la prolifération moderne désespérait déjà Mallarmé… Il abhorrait le bavardage inféodé au capitalisme. On imagine sa tête lors de la prise de contrôle du journal par le financier Drahi… Heureusement, il n'a rien vu
Il se savait l’ennemi, non par ses prises de positions politiques (quoique cela revient au même) mais par sa profonde inclinaison à l’intuition poétique.

 

Ainsi s’en est-il allé par le monde avec sa seule envie de voir, sa quête du beau et son style pétillant qui fait encore mouche quand on relit ses chroniques qui ne sont pas datées le moins du monde. Et quels que soient les sujets abordés : du cinéma à la littérature, de l’urbanisme à l’art contemporain, de l’hôpital Santa Maria della Scala, à Sienne ou du scandale des biens juifs spoliés en Autriche, Pierre Schneider a su ouvrir sa prose au-delà du seul angle artistique.

Liberté de pensée (les graffeurs du métro créent des chefs-d’œuvre), ton déconcertant (les meurtres rituels sur la peinture de Bram Van Velde ; Matisse qui réhabilite la fonction thérapeutique de l’art), notre chroniqueur est un tireur d’élite qui fait mouche à chaque fois…

 

Une belle aventure littéraire à lire qui donne un angle nouveau sur l’histoire de la peinture de la seconde moitié du XXe siècle, les coquilles en moins – personne ne relit chez Hazan ?

 

François Xavier

 

Pierre Schneider, Le droit à la beauté – Chroniques de L’Express (1960-1992), Hazan, janvier 2017, 286 p. – 25,00 euros

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