Les jachères de la littérature française [1/3]

Des pans entiers de la littérature semblent être tombés dans les oubliettes de l’histoire littéraire, si ce n’est tout simplement ringardisés. Et pourtant, si vous aspirez à un vrai roman avec une vraie histoire, des personnages qui tiennent debout et un style cohérent, voire des pages bien écrites, il vous reste à courir chez le revendeur ou le bouquiniste le plus proche.


Fermez un instant le vient-de-paraître encensé par la rumeur (j’ai manqué écrire « rhumeur »), Le printemps vient après l’hiver, de Maryvonne des Essarts, à moins que ce soit Le Cœur et le Trèfle, de Thècle Tarabichkova, ou bien encore Rap’-moi, de Winga Bottom. Le premier raconte ce que vous savez, son mec était une ordure, elle en a l’âme meurtrie, mais elle aime l’amour, alors elle cherche un autre mec ; un de ces textes qui excitent bizarrement la recherche de la télécommande, pour zapper. Le deuxième, débité – c’est bien le mot – comme à la télé, c’est-à-dire dans une langue approximative, raconte que l’argent que l’auteur (auteure ou auteuse ?) gagnait par paquets comme chanteuse a bousillé sa vie et qu’un mec désintéressé, ça ne court pas les rues et encore moins les caniveaux ; le troisième, vous devinez, c’est la confession d’une groupie qui est devenue la copine en titre de Toto Killtits, le roi du rap, et putain, qu’est-ce qu’elle s’est marrée, éclatée, déchirée, entre les nuits blanches de coke et les jours noirs de crack. Un document émouvant. Les jeunes a-do-rent. Jusqu’à l’accident qui a réduit Toto en denrée pour incinérateur. « La vie, ça court, tu sais. La vie, c’est court, tu sais. »


La cervelle engourdie par des péripéties et des dialogues issus tout droit de Soupente Story, par une langue dévertébrée et irréelle à force de « parler vrai », et par les grains de sagesse d’une donzelle qui semble réchappée d’un grave accident neuro-moteur, bien que déjà siliconée en divers endroits et envers, vous aspirez peut-être à un vrai roman avec une vraie histoire, des personnages qui tiennent debout et un style cohérent, voire des pages bien écrites.


Il vous reste à courir chez le revendeur ou le bouquiniste le plus proche. Ou bien dans un centre de troc, comme j’en ai découvert l’autre semaine, à Rueil-Malmaison : les gens y viennent avec de pleins casiers de livres lus et les échangent contre d’autres casiers de livres qu’ils n’ont pas lus. Car il existe beaucoup de gens qui aiment lire.


Avec un peu de chance, vous mettrez peut-être la main sur un Graham Greene, Rocher de Brighton, par exemple, un Alberto Moravia, Les Indifférents ou Le Mépris, Le Tambour de Gunther Grass (si, si !), ou un Victor Erofeiev, La Belle de Moscou ou La vie avec un idiot.


Toujours avec de la chance, vous pourriez tomber sur quelques romans de Jules Romains, par exemple Mort de quelqu’un, ou Une femme singulière, ou encore l’un des vingt-sept volumes des Hommes de bonne volonté. J’en ai prêté un, Les copains, à un ami qui fait profession de béotien ; il a beaucoup ri en découvrant cet apophtegme : « La seule façon d’élever une statue à Gambetta, c’est de mettre Gambetta sur un socle. » Et il a été surpris de constater que « ça se lisait » : il n’avait pas eu besoin de consulter le dictionnaire une seule fois.


Mieux encore, vous pourriez trouver pour quelques euros la comédie Knock ou le triomphe de la médecine, qui paraît singulièrement d’actualité ces temps-ci, et qui popularisa le concept qu’« un homme bien portant est un malade qui s’ignore ». Romains est un des grands oubliés de notre époque : pas une mention dans les Essentiels d’Universalis. Autant pour les Immortels.


Jules Romains, le grand oublié de la littérature française.


Il n’est pas le seul : les gloires d’hier, Pierre Benoît, Claude Farrère, Pierre Frondaie, qui connaît ? Totalement disparus des dictionnaires. C’étaient pourtant de grands tirages. Que cela serve de leçon aux rodomonts actuels du best-seller.


Ce n’est pas dommage qu’on ait oublié Henry Bordeaux, Octave Feuillet, Paul Bourget, mais ce l’est qu’on ait jeté dans un puits Octave Mirbeau. Les 21 jours d’un neurasthénique m’ont laissé dans la mémoire l’ineffaçable et délectable souvenir du scrogneugneu qui voulait ferrer à cru les pieds des soldats et Dingo, la sidérante aventure d’un homme auquel on expédie un dingo, un chien sauvage d’Australie. Et bien sûr, les Contes cruels. Question indiscrète : est-ce qu’il y a un, ne fût-ce qu’un éditeur parisien qui ait lu Mirbeau ?

 

On connaît encore le nom de Paul Morand, l’un des plus étincelants écrivains du XXe siècle, mais seulement à cause du scandale : le général De Gaulle s’était opposé à l’élection d’un ancien ambassadeur de Vichy à l’Académie française (il finit par lever l’interdit et Morand fut quand même élu). Je doute qu’à un moment quelconque de l’année il y ait un seul lecteur d’un ouvrage de Morand.


Et pourtant, il a beaucoup écrit. Et toujours très bien : pas un ratage en quelque soixante-dix titres. Ouvrez au hasard, par exemple un de ses ouvrages les moins connus, L’Europe russe (1948) : « De quoi meurt l’Europe ? D’individualisme, d’abord. » Et plus loin : « Pour Dostoïevski, la France est un bel objet de musée auquel il ne faut pas toucher, car il tomberait en poussière. » Prenez Lewis et Irène (1924), histoire d’amour de deux banquiers. « Êtes-vous sentimentale ? » demanda Lewis à Irène. « Non, le sentiment a été inventé par des gens qui n’ont pas de cœur. » Et plus loin, Lewis dit à Irène, triste : « Vous ressemblez à un chèque sans provision. »


Je ne résiste pas à un autre échange, dans L’homme pressé (1941) : « Croyez-vous au progrès ? — Pour qui me prenez-vous ? »


Paul Morand : pas un ratage en quelque soixante-dix titres.


Il était alors permis d’avoir de l’esprit. Morand fut sauvé un moment de l’oubli par les Hussards, et surtout Roger Nimier. Il faut recommencer. Si j’étais éditeur, je ressortirais au moins dix Morand en livre de poche, et je commencerai par L’Europe galante. À cause du style qui claque. Du génie de l’observation. Et pour rappeler au public ce qu’était l’Europe avant l’euro.


Gérald Messadié


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14 commentaires

Bonjour monsieur,

 

Pourquoi encore et toujours recommencer la querelle des anciens et des modernes ?

Ne pensez-vous pas que si certains ouvrages sont tombés en désuétude c'est d'abord en raison des sujets qu'ils traitent ? La langue peut être belle et pure si le thème n'est plus en lien avec l'époque, l'ouvrage n'intéressera plus. Ainsi qui peut encore comprendre la passion de Fabrice Del Dongo pour Napoléon aujourd'hui et l'histoire complexe des alliances et royaumes d'Italie alors que ce pan de l'Histoire n'est qu'à peine évoqué à l'école ? Et ne parlons pas des intrigues amoureuses et des codes sociaux de l'époque !

La littérature s'inscrit dans une époque, elle est le témoin privilégié de l'Histoire, ce n'est pas à vous que je vais l'apprendre. Certains écrivains restent à la postérité, d'autres non. Que retiendra l'Histoire des 650 ouvrages publiés à chaque rentrée littéraire ?
La littérature d'aujourd'hui n'est que le reflet de la société qui est la nôtre. Une société passéiste, de l'immédiateté et de la consommation rapide. Un écrivain cherche à être lu avant tout. Pourquoi écrirait-il dans une langue qui ne serait appréciée que par les puristes quand il sait qu'il aura toutes les peines du monde à trouver un éditeur ? Les mécènes dont a pu jouir Maupassant, entre autres, ne se bousculent plus aujourd'hui. Il faut bien vivre.

 

C'est à vous, écrivains, de proposer de beaux textes sur des thèmes d'aujourd'hui, des histoires qui tenteront le public. Au lieu de snober les béotiens que sont les lecteurs, parlez-leur, mettez-vous à leur hauteur. C'est facile de critiquer le monde d'en bas en restant sur son quant-à-soi, bien lové dans sa tour d'ivoire. Nous ne demandons que ça, nous. Apprendre !

Bien à vous.

La querelle des anciens et des modernes, mais ça revient à chaque génération, ce n'st pas snobisme altier que d'en faire état (sauf erreur)

Quand son arrivés les structuralistes, querelle !
Quand est arrivé le " nouveau roman", querelle !
Quand sont arrivés les "nouveaux philosophes", querelle !
Quand est arrivée la mode de l'autofiction, querelle !
Toujours querelle quand une bande de nouveaux veux pousser une bande de vieux...

En revanche, je crois qu'il est vain d'attendre d'un essayiste, d'un lecteur, d'un critique, voire d'un professeur, qu'il apprenne quoi que ce soit sur notre temps, la fonction même de l'enseignant est de transmettre du passé, sur lequel le temps a clos de lui-même son beau chapitre. C'est tout le sujet du Rivage des Syrtes de Julien Gracq, par exemple, mais l'idée se retrouve aussi bien dans La République de Platon : une époque ne peut rien nous apprendre d'elle-même tant qu'elle n'est pas achevée, et donc si elle enseigne c'est qu'elle est achevée. Le lecteur, en ce sens, est avant tout médecin légiste. 

Quant à son époque, il faut la vivre !

@ argali.

Si des ouvrages tombent en désuétude c'est aussi parce que les éditeurs ne les rééditent pas. Essayez de trouver un Bernanos en livre de poche qui ne soit pas d'occasion et vous comprendrez que des chefs-d'oeuvre peuvent être victimes d'impératifs économiques.
Il serait très long de vous répondre point par point. 
certes, un écrivain écrit pour être lu, mais les grands écrivains écrivent aussi pour témoigner, expliquer le monde, s'aventurer dans l'invisible.
Et cette phrase de vous me fait froid dans le dos : "La langue peut être belle et pure si le thème n'est plus en lien avec l'époque, l'ouvrage n'intéressera plus." Comment expliquez-vous alors l'immense succès, aujourd'hui encore de Proust, Céline, Camus, etc.? Le grand écrivain est intemporel. Zola n'est plus en phase avec notre époque, mais qui, mieux que lui pour décrire le 19e siècle ? Qui mieux que Stendhal pour raconter, expliquer, l'épopée napoléonienne ? Et c'est justement parce que des pans entiers de l'histoire ne sont pas enseignés à l'école, parce que l'école ne joue plus son rôle, qu'elle n'édifie pas les enfants comme elle le devrait, qu'elle ne leur donne plus le goût de la découverte (si ce n'est via internet, et encore), qu'il faut défendre cette littérature, et surtout la langue.
Et puis, est-ce aux écrivains de se mettre à la hauteur des lecteurs ? N'est-il pas de leur rôle de les tirer vers le haut, leur apprendre des choses plutôt que leur parler de ce qu'ils savent déjà ?

Cher Monsieur Vebret,

 

Le souci des écrivains, c’est très souvent l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Il existe les écrivains qui se rendent dans les salons littéraires, les librairies, rencontrent leurs lecteurs, dialoguent avec eux sur des blogs… et une certaine intelligentsia qui se tient à distance, ne se mêle pas au peuple et juge sévèrement les autres. Les autres écrivent mal, n’ont pas une langue soignée, sont des écrivains de supermarchés ou « écrivent pour les femmes, et de préférence dans une langue à tout-va, sans « mots rares » ».  Si les seconds ne se mettent pas à la hauteur des lecteurs en leur proposant des sujets qui les intéressent mais dans une langue soignée qui leur donnera envie de lire autre chose, alors ils n’ont rien compris.

Pensez-vous qu’un entraineur exige d’un athlète de sauter de suite à 2m de haut ? Non, il l’entraîne à sauter d’abord 1,40, puis 1,50…

On a tendance à idéaliser le passé, comme si nos parents ou grands-parents lisaient tous Hugo, Corneille, Bernanos, Gide,… Bien sûr que non ! Il y avait déjà une fracture. Et cette fracture s’agrandit car de plus en plus de jeunes ne maîtrisent plus la langue. Ils ne lisent déjà quasiment pas, alors leur faire ouvrir Stendhal ! Ce n’est pas à vous, qui avez œuvré à Fun Radio, que je dois expliquer que la langue proposée aux jeunes au quotidien est d’une affligeante pauvreté ! Les métaphores pleuvent mais la finesse du vocabulaire, la recherche du mot juste, le phrasé… *soupir*

Qui fait le succès de Proust, Céline ou Camus aujourd’hui ? Les trentenaires ou quadragénaires qui ont le nez dans le guidon et les mains dans le cambouis en espérant garder leur boulot, enchainant heures sup’ sur heures sup’ ? Je ne crois pas que les bonnes ventes reflètent un engouement intemporel pour les classiques mais plutôt, dans leur majorité, la nécessité des programmes scolaires.

 

Vous qui êtes un amoureux des livres, êtes-vous déjà allé dans une classe parler de votre passion ? Avez-vous déjà tenté de transmettre votre amour de la langue ? C’est pourtant ainsi qu’on transmettra le goût des lettres ! Mais c’est plus facile de dire que « l’école ne joue plus son rôle », cela dédouane de faire soi-même un effort…

 

Oui, il faut parler des classiques mais surtout essayer de trouver un juste équilibre entre l’enseignement de l’histoire littéraire et de ses grandes figures, l’évolution du style et aussi la transmission du plaisir de lire, plaisir du texte si cher à Barthes. Mais cela s’entraine, comme je l’ai dit plus haut. Il faut reconquérir le terrain de la langue petit à petit. Et pour cela, il faudrait connecter les classiques au monde actuel. Mais si nos jeunes sont aussi blasés, passionnés, ouverts ou emplis de préjugés que ceux du 18e siècle, ils manquent en plus de repères littéraires et langagiers.

N’oublions pas qu’un ouvrage doit provoquer une émotion littéraire, trouver un écho chez le lecteur. Sans doute n’est-ce plus le cas de Gide ou Bernanos. Faut-il s’en désespérer ?

 

Cher Monsieur,
Mon grand père était ouvrier, ouvrier de base. j'ai vécu chez lui deux années de suite lorsque j'étais gamin. l rentrait de l'usine, quittait son bleu de travail, se douchait, puis lisait un livre. C'est lui qui m'a fait découvrir Gide, Bernanos, Balzac, mais aussi l'hebdomadaire Vaillant, l’ancêtre de Pif gadget. Pour lui, lire était un plaisir, un privilège, un moyen de s'instruire, une ouverture sur le monde.
je vais dans votre sens; Ce n'est pas ce que l'on enseigne aujourd'hui aux élèves. j'ai deux fils, J'ai suivi leur scolarité, je me suis intéressé au programme, aux livres qu'on leur demandait de lire. Pensez-vous donner du plaisir à un jeune en l'obligeant à lire Homère, totalement déconnecté. Ne pensez-vous pas que mettre par exemple L'Étranger de Camus au programme serait plus efficace, et travailler sur le concept de l'autre...
Oui, il m'arrive d'aller dans des librairies pour signer des livres, discuter avec des lecteurs ; non, je ne vais plus dans les salons littéraires, les dernières fois j'étais assis à côté de vedettes de la TV et du sport qui ont signé des centaines de dédicaces. les visiteurs de ce type de salon viennent acheter des autographes. Je le sais.
Oui, je vais dans écoles parler dans des classes et j'en sort affligé par le niveau, le peu d'intérêt, les questions qui me sont posées ("Combien tu gagnes ?", le tutoiement étant de rigueur, ou encore : "Tu dois niquer beaucoup de meufs quand tu leur dis que tu es écrivain...") "Intello" est devenu une insulte dans les banlieues que je fréquente et qui se trouvent dans l'oeust parisien.
C'est très jeune, tout petit qu'il faut les interesser à la lecture, et pas avec des ouvrages gnan-gnan. Avez-vous vous lu un livre pour la jeunesse ? À croire que l'on prend les ados pour des quiches ! Là, dans ce cas précis, la littérature est totalement déconnectée de la réalité.
Quant à la langue, comment demander à des enseignants qui la trahissent en permanence d'être des exemples.
Je généralise, certes. Mais c'est un combat de tous les jours. Et nous sommes tous coupables.
Une anecdote : mon dernier roman a été refusé par deux "grandes" maisons au motif qu'il était "trop écrit" ; il aurait fallu que je le reprenne dans un vocabulaire d'aujourd'hui alors qu'il est tout simplement écrit en français en respectant les régles grammaticales.

la distance entre les écrivains et les lecteurs importe peu, que l'écrivain soit archi mondain et signeur au kilomètre dans tous les Salons ou qu'il se fasse tout petit pour rester à vivre sa vie normalement, l'important c'est l'oeuvre, le texte. Rien ne doit intervenir entre ces deux étapes de la vie d'un livre, et un écrivain "sympa" qui ferait de la merde ne rendrait pas son oeuvre meilleure !

le texte, le texte et rien que le texte
 

Cher Monsieur Vedret,

Je vois que l’on se rejoint sur certains points. J’en suis heureuse. Oui, au fait, je suis une femme.

Si j’ai réagi en premier lieu au texte de Monsieur Messadié, c’est parce qu’il portait aux nues des classiques que je n’ai pas aimés, bien que les ayant lus et qu’il ne m’étonne guère de ne pas retrouver en librairie aujourd’hui. Sans parler de son avis sur la pauvreté des livres de notre époque (page 2) en raison, selon lui, de lectrices de plus en plus nombreuses. *soupir*

La littérature jeunesse est parfois légère mais ce n’est pas une généralité. Avez-vous lu Andriat, Brisou-Pellen, Dahl, Delerm, Kavian, Mourlevat, Morgenstern, Desarthe, Hassan, Gracias, Ollivier… ? La langue est agréable, vivante, bien écrite. Ils ne prennent pas les jeunes pour des idiots et leur parlent de ce qui les intéresse tout en les instruisant. Une chance qu’ils soient là pour amener en douceur les jeunes à lire autre chose ensuite, quand ils sont incapables, comme vous le faites remarquer, d’aligner deux mots corrects ou de faire une phrase intelligente.

Commencer au collège, comme ce fut mon cas, par Pagnol, Daudet ou Frison-Roche, serait à jamais leur fermer les portes de la littérature et je m’y refuse.

Rassurez-vous, ils sont encore capables de goûter une belle langue, pour peu qu’on prenne le temps de la leur expliquer et de choisir des sujets qui les font vibrer, comme Hugo et « Claude Gueux » par exemple. Et il y en a d’autres. Mais pas Bernanos, Romains ou Gide. J’en suis désolée. Et je parle d'expérience.

 

 

« Qu'est-ce qu'un livre ? Une suite de petits signes. Rien de plus. C'est au lecteur à tirer lui-même les formes, les couleurs et les sentiments auxquels ces signes correspondent. » Anatole France
 

La littérature, c'est comme les beaux-arts. On ne peut pas dire que les tableaux de Michel-Ange, de Léonard de Vinci, et bien d'autres peintres ne sont plus d'actualité ou tombent dans l'oubli, bien qu'elles datent de plusieurs siècles. Il me suffit de contempler quelques-unes de leurs oeuvres et de lire Attala, René et les Confessions pour me convaincre que leur beauté provient tout simplement de la structure des textes  bien écrits, du pinceau manipulé de façon à susciter les émotions, l'admiration et entraîner l'imagination vers des horizons toujours "recommencés", Et ce, quelles que soient les époques. Les lettres de l'alphabet, de A à Z, sont effectivement, grâce à leur combinaison par les virtuoses du verbe, une source inépuisable de richesse intellectuelle, universelle, permanente et artistique. Je ne pense pas donc que les Misérables, les Grands cimetières sous la lune, les Mille et une nuit, ou même l'Odyssée soient passés de mode.  Et bien d'autres "romans" méconnus" ou n'ayant pas attiré l'attention des grands éditeurs et des critiques. En tout cas, c'est mon opinion personnelle.

Si les éditeurs pouvaient éditer des textes rares (anciens, français ou en traduction) cela rendrait service à tous: aux lecteurs qui les cherchent depuis longtemps aux hasards bien hasardeux des bouquinistes, aux auteurs modernes qui pourraient ainsi se frotter enfin aux anciens plutôt qu'à leur contemporains (ce qui se résume à tourner en rond), aux libraires qui retrouveraient une clientèle évadée de leur échoppes faute d'y trouver quelque chose de consistant à grignoter.