Lucien Rebatet : Biographie

Ecrivain, journaliste, critique musical et cinématographique, Lucien Rebatet (1903-1945) est surtout connu pour être une figure de la collaboration, auteur des Décombres, long ouvrage qui alterne mémoires et pamphlet antisémite. Il ne reniera jamais son fascisme, et affirmera être d’abord un écrivain.


 

1903. Naissance de Lucien Rebatet dans une famille de bourgeois et petits-bourgeois. Son père est notaire. Il se reconnaît peu dans cette origine. Il a une sœur, Marguerite.

 

1921. Lucien Rebatet obtient son baccalauréat et entreprend une licence de Droit puis de philosophie, d’abord à Lyon puis à la Sorbonne. Cette période estudiantine est sans doute la plus heureuse de sa vie. Auparavant, il a fait ses études chez les Pères Maristes, d’une incroyable rigueur, années difficiles qui ne seront éclaircies que par la découverte de la poésie de Baudelaire, Rimbaud et Verlaine.

 

1924. Découverte de L’Action Française et prise de conscience de ses idées fascisantes : « [je n’ai] jamais eu dans les veines un seul globule de sang démocratique […] Nous souffrons depuis la Révolution d’un grave déséquilibre parce que nous avons perdu la notion de chef… J’aspire à la dictature, à un régime sévère et méritocratique » (Les Décombres).

 

1928. Rebatet effectue son service militaire et s’installe à Paris. Il trouve des emplois alimentaires dans les assurances.

 

1929. Rebatet fait ses débuts dans la presse nationaliste et royaliste, et tient la rubrique des spectacles dans L’Action Française. Passionné de musique et de cinéma, il va prendre le pseudonyme de François Vinneuil (en hommage au Vinteuil de Proust), et vite devenir l’un des critiques cinématographiques les plus perspicaces et les plus écoutés de son temps. Il deviendra ensuite secrétaire littéraire et fréquentera Charles Maurras et Robert Brasillach. Il y signe pour à L’Action Française jusqu’en 1940.

 

1933. Mariage avec Véronique Popovici. Mariage parfaitement heureux, mais le couple n’aura pas d’enfant.

 

1935. Il entre à Je Suis Partout, et deviendra un journaliste politique de premier plan. Son sentiment pro-allemand, antisémite, antibolchévique et profasciste s’affirme. Il écrit dans plusieurs autres journaux, des piges alimentaires. Il s’éloigne progressivement de Charles Maurras.

 

En 1936, il entame son premier roman, l’histoire d’un curé marchand de canons, qui n’aboutira pas. En 1937, il commence la rédaction des deux Etendards.

 

1939. Il est mobilisé, mais son unité ne combattra pas. En 1940, il se réfugie à Moras, sa ville natale, où il commence la rédaction des Décombres, ses mémoires et une vision de l’Histoire de la fin de la Troisième République jusqu’à la Débâcle. A l’armistice, il se rend à Vichy, mais l’esprit de cour ne lui convient pas. Il rentre à Paris où il reprend sa collaboration à Je Suis Partout, qui obtient alors un immense succès.

 

1941. Il publie deux pamphlets antisémites, Les Tribus du cinéma et du théâtre et Le Bolchevisme contre la civilisation.

 

A la suite de l’avancée allemande dans la Russie bolchevique, le rêve d’une Europe fasciste qui semble se réaliser l’enthousiasme, il alors entre activement en collaboration avec l’occupant, n’hésitant plus à attiser la haine antisémite et à dénoncer la Résistance dans ses articles de Je Suis Partout.

 

1942. Publication des Décombres, long pamphlet virulent qui attaque tous ceux qu’il estime responsable de l’Etat désastreux de la France. Succès immédiat : Les Décombres est le livre le plus vendu de l’Occupation, et Lucien Rebatet devient une véritable star.

Bien qu’après la bataille de Stalingrad il comprenne que la guerre est perdue, il n’abdique pas son fascisme et continue son rôle de journaliste-collaborateur : « […] nous sommes allés beaucoup trop loin pour reculer ».

 

1944. Condamné à mort par la Résistance, Rebatet s’enfuit de Paris avec sa femme et se réfugie à Sigmaringen. Il y passera plusieurs mois en compagnie de Louis-Ferdinand Céline et beaucoup d’autres collaborateurs, et se consacrera à l’écriture de son grand-œuvre, Les Deux Etendards.

 

1945. Le jour de l’Armistice (8 mai), Rebatet se constitue prisonnier en Autriche.

 

1946. Début de son procès (18 novembre), avec d’autres journalistes de Je Suis Partout, dont son ami Pierre-Antoine Cousteau (1906-1958), frère aîné du Commandant Cousteau. Rebatet et Cousteau sont condamnés à mort. Il attendra 4 mois et demie l’exécution de la sentence, dans la prison de Fresnes, les chaînes au pied. Il a réussi à récupérer le manuscrit des Deux étendards et travaille d’arrache-pied pour l’achever avant son exécution.

 

La nuit du 5 au 6 avril 1947, nuit de Pâques, à la suite de la maladresse d’un gardien, Rebatet est persuadé qu’il sera fusillé à l’aube. 

 

1947. Rebatet est gracié par le Président Auriol. Il avait bénéficié d’une pétition qui comprenait les signatures de Paulhan, Bernanos, Roger Martin du Gard, Roland Dorgelès, Pierre Mac Orlan, Jean Anouilh, Camus, Mauriac, Claudel, Marcel Aymé. Sa peine est commuée en travaux forcés à perpétuité. Avant de quitter sa cellule de condamné à mort, il y gravera la célèbre phrase de Stendhal : "Je ne vois que la condamnation à mort qui distingue un homme. C’est la seule chose qui ne s’achète pas." Il est transféré à la prison de Clairvaux en compagnie de Cousteau, où il finira Les Deux étendards. Ils seront publiés chez Gallimard en 1952.

 

1952. Rebatet est libéré de prison. Mis au ban de la société, interdit de séjour à Paris, il mène alors une existence misérable.

 

1953. Pour vivre, il redevient le critique cinématographique François Vinneuil, puis étendra son activité journalistique. Mais il se consacre essentiellement à la littérature. Il publie en 1953 chez Gallimard son deuxième roman, Les Epis mûrs.

 

1955. Son troisième roman, Margot l’enragée, est refusé par Gallimard.

 

1958. Il entre à la rédaction de Rivarol.

 

1959. Il traduit de l’anglais L’Histoire de la musique espagnole de W. Starki, et entame la rédaction d’un quatrième roman, La Lutte finale, dont le ressort est essentiellement politique, mais qui restera inachevé

 

1969. Publication de L’Histoire de la musique chez Robert Laffont, ouvrage salué par la critique.

 

1972. Lucien Rebatet meurt d’un infarctus à 69 ans.

 


Bibliographie

 

 

   Une contribution à l'histoire des Ballets russes, Paris, [éd. non indiqué], 1930 (Brochure extraite de L'Action française du 26 décembre 1930).

   Le Bolchévisme contre la civilisation, Paris, Nouvelles études françaises, [1940] ; 1941.

   [François Vinneuil], Les Tribus du cinéma et du théâtre Paris, Nouvelles éditions françaises, « Les Juifs en France », IV, 1941.

   Les Décombres, Paris, Éditions Denoël, 1942 ; Asunción, La Reconquête, 2005 ; Paris, L'Homme libre, 2006.

   Les Deux Étendards, roman, 2 vol., Paris, Gallimard, 1951 ; 1971 ; 1977 ; 1991 ; 2007.

   Les Épis mûrs, roman, Paris, Gallimard, 1954. Réédition Le Dilettante, 2011.

   « Préface » à Pierre-Antoine Cousteau, Mines de rien ou les Grandes mystifications du demi-siècle, illustrations de Ralph Soupault, Paris, Éditions Éthéel, 1955 ; Coulommiers, Déterna, 2004.

   Marcel Aymé. L'« Épuration » et le délit d'opinion, suivi d'un article nécrologique de Pierre-Jean Vaillard, Liège, Éditions Dynamo, « Bimborions », 1968 ; 1969.

   À Jean Paulhan, Liège, Éditions Dynamo, « Bimborions », 1968.

   Une Histoire de la musique, Paris, Robert Laffont et Raymond Bourgine, 1969 ; 1979 ; 1995 ; 1998.

   Les étrangers en France, Éditions de La Reconquête, 2009.

   Les tribus du cinéma et du théâtre, Éditions de La Reconquête, 2009.

Posthumes

   Les Mémoires d'un fasciste, 2 vol. (1. Les Décombres (version expurgée), 1938-1940 ; 2. 1941-1947), préface de Jean-Jacques Pauvert, Paris, éditions Pauvert, 1976.

   11 novembre 1918, armistice, avant-propos de Robert Poulet, Liège, Éditions Nationales, 1982.

   Lettres de prison adressées à Roland Cailleux (1945-1952), édition établie, présentée et annotée par Remi Perrin, Paris, Le Dilettante, 1993.

   avec Pierre-Antoine Cousteau, Dialogue de vaincus, prison de Clairvaux, janvier-décembre 1950, texte inédit présenté et annoté par Robert Belot, Paris, Berg international, « Histoire des idées », 1999.

   "Préface" (posthume, éd.) à Pierre-Antoine Cousteau, En ce temps-là, édition établie par Arina et Marc Laudelout, Coulommiers, Déterna, 2004.

Quatre ans de cinéma (1940-1944), textes (parus dans Je suis partout) réunis, présentés et annotés par Philippe d'Hugues, avec la collaboration de Philippe Billé, Pascal Manuel Heu et Marc Laudelout, Grez-sur-Loing, Pardès, 2009.

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12 commentaires

anonymous
anonymous

L'auteur de cette biographie a pillé le site internet des Etudes Rebatiennes, sans l'avouer.

pillé, non, inspiré, oui, entre autres sources

d'ailleurs vous avez raison, voici le site des études rebatiennes

Ah Rebatet... très bon critique cinématographique. Pour le reste, ce monsieur sent le caniveau.

Il sent tellement le soufre que son livre le plus connu (Les Décombres) devrait être réédité prochainement dans la collection Bouquins. Pas avant 2015 d'après L'Express. Comme quoi ça paye d'être un écrivain maudit.

Outre un bon critique cinématographique, c'était aussi un bon critique musical. Cf son Histoire de la musique.

Les Décombres sont disponibles au catalogue des Editions de l'Homme libre depuis 2006.

On s'étonne du jugement à l'emporte-pièce de M. Bonnet ; a-t-il lu "Les Deux Etendards", un des romans majeurs du XXe siècle ? "Les Décombres" même - quoi qu'on en pense au fond - sont un pamphlet remarquablement "réussi", qu'il faut lire avant de faire la morale au lecteur qui n'en demande pas tant. Qu'apporte au débat d'assener élégamment que Rebatet "sent le caniveau" ? Enfin, Rebatet était meilleur critique musical que cinématographique.

Il se trouve que j’ai lu Lucien Rebatet (pas Les deux étendards dont je ne parlerai pas par honnêteté intellectuelle et que je lirai peut-être un jour) : d’abord ses critiques cinématographiques (dont je maintiens qu’elles sont intéressantes) ensuite Les décombres. Mon jugement à l’emporte-pièce, qui a semblé vous choquer est basé principalement sur la lecture des Décombres. Cet ouvrage a besoin d’être mis en contexte : quand Rebatet publie son pamphlet, la France est occupée, l’antisémitisme a droit de cité (c’est le moins qu’on puisse dire).

 

Ancien de l’Action Française, Rebatet avait rejoint je suis partout avant la guerre et s’était fait remarquer par un article sur les étrangers en France où il appelait à les regrouper en camps de concentration (un précurseur en somme). Dans Les Décombres, il règle son cas à la France, attribue la défaite de 1940 aux juifs, à la République et demande l’alignement sur l’Allemagne nazie. Non  sans un certain talent pour la métaphore raciale, Rebatet écœure. On va me dire que je suis trop sensible, voilà donc ce qu’il assène sur Aristide Briand : « Aristide Briand était ainsi le premier homme politique que j’eusse sérieusement détesté, dont j'eusse réclamé l'assassinat comme une mesure de salut public. Il figurait pour nous la démocratie dans son débraillé le plus sordide, dans ses chimères les plus niaises, dans sa plus vulgaire ignorance de l'histoire et des réalités humaines. Retors, doué d'une méprisable habileté pour se maintenir et évoluer dans le bourbier du Parlement, il était cornard dès qu'il s'attablait avec l'étranger pour défendre devant lui les intérêts de la France. Il mettait à l'encan les fruits les plus légitimes de nos terribles sacrifices et de notre victoire, pour nous offrir en échange de risibles parchemins. Il traînait avec lui les plus grotesques et haïssables bonshommes d'un régime manifestement putride, les Herriot, les Sarraut, les Steeg, les Paul-Boncour. »  Le sujet ici n’est pas Briand, homme politique au bilan contestable. On se souvient avoir lu qu’en 1920, au moment de l’élection présidentielle à Versailles (car en ce temps-là, le parlement élisait le président), il passait devant les députés alsaciens prêts à voter pour le Tigre, le père la victoire : « oui, ce sera bien quand Clemenceau sera élu et s’il meurt à l’Elysée, cela fera de belles funérailles civiles ». Insistant sur l’athéisme de son adversaire devant de fervents catholiques, il contribua à faire élire le pâle Deschanel, on a vu mieux comme politique (jugement partisan qui n’engage que moi). Mais c’est le ton de Rebatet qui choque.

 

L’appel au meurtre, la puanteur du parlement, tout ceci appartient au registre classique d’un vocabulaire extrémiste, celui de l’Action Française dont il va se séparer justement car il les trouve trop modérés. Lorsque le 6 février 1934 survient, Rebatet fulmine contre la République radicale, sur Daladier qui fait tirer sur la foule et sur le vieux Maurras qui ne fait rien pour s’emparer du pouvoir. Il se déclare donc fasciste.

 

Et sur l’antisémitisme, notre Rebatet est sans pareil dans son fiel : « Je n'avais pas vingt ans que j'étais déjà très curieux, sans plus, du pittoresque d'Israël, de sa singularité, passionnément et indéfiniment scrutée rue des Rosiers ou parmi les rapins du Montparnasse, ce qui n'est pas un moyen plus mauvais qu'un autre pour découvrir ensuite ses entreprises et ses méfaits. J'avais peu à peu reconnu les traces du judaïsme dans les œuvres, les systèmes, les logomachies, les snobismes, les symptômes d'anarchie et de décomposition qui me répugnaient le plus, ou qui m'avaient inutilement troublé quand je débarquais sans malice de mes provinces aryennes. L'Action Française, encore que l'antisémitisme y fût fort en veilleuse depuis 1918, m'avait fourni quelques lumières. En 1933, je commençais à embrasser suffisamment le champ des déprédations judaïques pour apprendre avec une certaine allégresse les bâtonnades des sections d'assaut. »  On peut m’objecter qu’il s’agit d’une autre époque, difficile à juger. Que Rebatet n’est pour rien dans le génocide juif. Mais s’il n’a pas tenu un revolver, le bon Lucien, comme tant d’autres,  a préparé les esprits à la haine. Il n’hésite pas à parler de l’invasion juive au moment du front  populaire dans les termes suivants : « Accouru du fond des ghettos d'Orient à l'annonce de la victoire raciale, le juif pullulait, dans son état originel de crasse et d'outrecuidance le plus propre à écœurer un Français de vrai sang. »

 

Voilà, c’est ça le Rebatet que j’ai lu, celui des décombres. Je maintiens donc qu’il sent le caniveau. Une dernière chose enfin : je ne fais pas la leçon de morale, je ne fais pas la police de la pensée, comme dans le 1984 d’Orwell. J’appelle juste un chat un chat. L’adjectif « fasciste », si galvaudé, jeté aux uns comme un anathème de Savonarole, va comme un gant à Rebatet qui le revendiquait (n’a-t-il pas appelé ses souvenirs  « mémoires d’un fasciste » ?). Il en est de même de celui d’antisémite.

Bravo, belle réponse "à l'emporte-pièce"! j'apprends avec étonnement qu'il existe un site d'"études rebatiennes" ?? Eh ben....ça s'arrange...
Pierre Chalmin nous dit que " Les Décombres" même - quoi qu'on en pense au fond - sont un pamphlet remarquablement "réussi"" : Question : comment un tel tissu d'insanités peut-il être "un pamphlet remarquablement réussi"??  Je laisse à Pierre Chalmin le bénéfice du doute sur ses opinions politiques qui ne regardent que lui, et préfère penser qu'ici encore, on confond la forme et le fond.

Le problème, avec tous ces types qui savaient indubitablement écrire c'est que ce talent technique fascine tous les plumitifs  de la littérature actuelle qui en sont habituellement cruellement dépourvus, au point de leur faire oublier le fond de la pensée de l'auteur. Or ce que l'auteur a à dire est quand même le principal, la forme et la technique n'étant qu'au service du fond. Certains sont très doués, et font oublier la vacuité du fond par leur talent technique et formel. Jean d'Ormesson et Grand Corps Malade n'ont rien à dire, mais le disent joliment.

Mais chez les écrivains des années trente et quarante, le fond n'est pas anodin, et est souvent en décalage complet avec nos valeurs actuelles. Pensez un peu à la littérature de gauche, avec les odes au Grand Staline ou les dithyrambes à Ceauscescu, ou à celle de droite, avec les éructations antisémites de Céline, Drieu la Rochelle, Maurras, et bien d'autres.
Alors, que faire de ces "oeuvres" sulfureuses??
---Faut-il censurer ces auteurs parce qu'ils ont écrit des saloperies? certes non, sinon, comment savoir qu'ils l'ont fait? Et puis la censure , même implicite, ne sert à rien : Mein kampf et le Protocole des sages de Sion sont introuvables en librairie, mais toujours des best-sellers mondiaux.
---Faut-il édulcorer leurs écrits, (ce qui n'est jamais qu'une censure morale contestable), pour finalement n'en garder que le volet politiquement correct , comme cette parution expurgée des "décombres"chez Pauvert ?  on pourrait s'interroger sur ce qu'en penseraient les intéressés...il est probable qu'ils sont en huit à force de se retourner dans leur tombe.
---Faut-il faire l'impasse intellectuelle sur la puanteur du fond pour pouvoir s'extasier à loisir sur la forme et le talent de l'auteur ? Cette forme de myopie très répandue revient à acheter une voiture pour sa couleur ou la profondeur de la boite à gants, mais ne sert au final qu'à légitimer intellectuellement le remugle du fond à banaliser les extrémismes de tout poil.
Alors, que faire de tous ces bons écrivains qui ont des idées de m....?

Le monde de l'édition a trouvé : il publie autant les éboueurs que les ordures, et y trouve son compte (il faut dire que nous sommes en des temps ou le recyclage des déchets est devenu lucratif et même moral).  Mais les éditeurs étaient écolos avant tout le monde : Rebatet a vu ses mémoires publiées dès 1948, et Brasillach a trouvé éditeur à titre posthume pour  28 ouvrages depuis 45. Un vrai filon, les poubelles!

Alors, avis aux éditeurs cherchant LE scoop ultime:  Il reste 9 livres de Joseph Goebbels à publier, dont 5 romans et nouvelles. Et ce mec là savait écrire, lui aussi. Bon d'accord, son style est...disons...expéditif ?, mais bon, c'est déjà pas mal d'avoir un style, tant d'écrivains n'en ont pas....

Qui n'a pas, à vingt ans, passé trois jours et trois nuits, sans pratiquement dormir ni manger, à se repaître des Deux Étendards ne connaît pas le bonheur!

François Mitterrand divisait, paraît-il, le monde en deux catégories de gens: ceux qui avaient lu Les Deux Étendards et ceux qui ne l'avaient pas lu. 
Il parlait d'or mais j'ajouterai qu'encore faut-il l'avoir lu pour la première fois au bon âge.
Et pour le reste, fions-nous à Jean Dutourd (exactitude littérale de la citation non garantie): "L'homme qui avait écrit Les Deux Étendards était sacré à mes yeux, quoi qu'il ait pu dire, faire ou penser auparavant"

Bourlinguer
Bourlinguer

Une question à vous Messieurs qui "possédez" la culture (avez-vous conscience de la chance de ce privilège ?): ne peut-on pas dissocier  parfois l'auteur, avec son caractère et ses idées aussi méprisables soient-elles, de sa production littéraire ? Je pense à Céline et son Voyage au bout de la nuit. Je n'ai pas le souvenir d'un roman à caractère antisémite. Il est vrai que je l'ai lu et apprécié il y a bien longtemps. Aurais-je été aveuglée par le talent de narration de l'auteur et par mon ignorance à l'époque de ses idées sulfureuses ? Ceci dit, j'avoue mon inculture, je n'en suis pas fière mais je n'en ai pas honte non plus. Par contre, je remarque que cela donne à certains d'entre vous une assurance éclatante d'avoir raison. Le doute ? Cela vous arrive t'il de temps en temps ?