Laurent Guillaume signe son "Bronx la petite morgue" à la mémoire de David Goodis.

Description de l’éditeur

Bronx, la petite morgue

Irlandais teigneux, flics ripoux et femmes fatales dans le New York crépusculaire des années 50 : en rendant hommage à l’âge d’or du pulp américain, Laurent Guillaume nous offre un polar plein de hargne et de style, une petite merveille sur laquelle plane l’ombre de Goodis et Hammett… et préfacé par Michel Quint ! Mike Dolan sort de prison et se retrouve dans le New York des années sombres.

Mais la Grosse Pomme a pourri, la ville est devenue un taudis à ciel ouvert où les cadavres se ramassent à la pelle. Entre flics véreux, truands pervers et femmes fatales, il va avoir fort à faire pour retrouver les assassins de son frère. Sa solution ? Faire exploser la ville. Mais survivra-t-il au raz-de-marée qu’il va provoquer ?

Bronx, la petite morgue est sans doute le meilleur roman de Laurent Guillaume et dit en préambule cela pose le reste de ma chronique, un travail d’explication de ce texte qui est une preuve de plus du talent de son auteur.

Servi par une couverture magnifique digne des meilleures affiches de film du genre, Laurent Guillaume rejoint avec Bronx, la petite morgue, l’écurie d’écrivains de French Pulp éditions, dont il m’avait fait rencontrer Nathalie Carpentier, son éditrice, avec une ambition folle et un fond déjà fort de plusieurs milliers de textes. Laurent fut l’entremetteur de mon Nous étions une frontière, avant de sortir son roman, un mois plus tard. 

J’ai tout lu de lui, c’est un ami, et sachez qu’il n’y a aucune tendresse entre hommes de l’art. Nous ne nous sommes jamais fait de politesses à la première lecture de nos travaux. Il y a eu des manuscrits que nous nous sommes échangés et dont il fallait rire de la médiocrité, d’autres à retravailler et puis ceux qui amènent le sourire du premier mot à la conclusion et dont on sait qu’il restera comme une pépite, un souvenir de lecture estampillé « inoubliable ».

Laurent Guillaume lève les yeux au ciel quand le chroniqueur commence sa description par « il est un ancien flic de la BAC » et déroule la biographie qui fera office de diplôme d’écriture. Parce que l’écrivain qui s’est fait connaître par le Roi des crânes, il y a déjà sept ans, va chercher plus loin son insatiable besoin de décrire le mal qu’il essaye de comprendre, quelques fois combattre, mais toujours en puisant dans ses tripes chaque mot, un perfectionniste qui n’accepte pas l’à-peu-près du polar actuel, toujours avec une référence de lectures, ainsi qu’une connaissance encyclopédique du cinéma noir des années soixante et soixante-dix.

Bronx est la démonstration de la vision particulière d’un écrivain devenu scénariste. Il voit une scène, plus qu’il ne décrit une histoire. Ses personnages prennent vie dès notre première rencontre avec eux. Pas besoin de longues descriptions, seulement des touches d’ombres et de lumières suffisent : il y a un artiste derrière la caméra qui travaillent les angles de vue, place ses mots pour les éclairer ou les faire petit à petit disparaître. Décortiquez la scène de l’arrivée du malfrat dans la salle de boxe, trois caméras, trois regards, des silences et des phrases qui claquent, et vous comprendrez que Guillaume ne fait pas dans la simplicité, il pousse à vivre chacun des personnages sans prendre position pour le héros, sujet, plus qu’acteur d’un scénario qu’il subit. Revivez la dernière scène, l’homme qui reste dans la pénombre, force sa voix pour convaincre et vivre ses rêves dans les yeux de ceux qu’il aime.

Pour vous décrire Bronx, la petite morgue, il faut imaginer un décor en noir et blanc de Chandler, le désespoir des héros de Goodis, et j’y ajouterai une pointe de jazz, plutôt du Charlier Parker, mais jeune, pauvre, inconnu, tapi dans un coin du bar, déjà un génie qu’on paye pourtant d’une bouteille, d’une dose d’héroïne, jamais d’argent parce qu’il n’est qu’un artiste noir, dans cette île en ruine qu’est le Bronx décrit par Laurent Guillaume.

Dans ce roman, Laurent Guillaume sort de son jeu habituel, casse les codes de ses thrillers, pour revenir en esthète dans le genre noir de l’enquête hard boiled.

La performance est là, dès le début, la sortie de prison du personnage principal, l’ancien boxeur qui a payé pour un autre, le boiteux décoré, qui n’a plus d’espoir autre que de faire un dernier bien avant de disparaître. Elle nous tient jusqu’à la surprenante conclusion, d’une esthétique, d’une beauté qui traque les images les plus fortes du mythe américain, jusqu’au cargo rouillé qui s’écarte des quais pour ne jamais revenir.

Filez chez votre libraire, ce roman le mérite amplement, ou attendez qu’il soit scénarisé pour l’applaudir à Cannes, c’est aussi déjà écrit.

Patrick de Friberg

Laurent Guillaume, Bronx La petite morgue, Préface Michel Quint, Avril 2017, French Pulp Editions

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