Sollers & Les surprises de Fragonard en miroir du musée du Luxembourg

Reprenant le texte publié en 1987, ce très bel album est à signaler par son côté pictural surtout : ce sont bien ici les illustrations qui font sens. Magnifiquement réalisées dans leur rendu d’une très grande précision, elles font plus qu’accompagner le texte, elles le subliment et portent le livre dans son ensemble tant la prose sollersienne est parfois absente à force de trop vouloir jouer sur la légèreté, et en devient irritante. Entre quelques belles saillies ou des informations particulières, le jeu se tisse de trop de fils blancs pour que l’on ne finisse par perdre l’essentiel… le fil rouge du sujet !

Fort heureusement, les images viennent à la rescousse, et certains détails et autres gros plans des tableaux de Fragonard rehaussent le propos et font de ce livre un compagnon de voyage à qui voudra conserver un peu de l’esprit de l’exposition qui se tiendra jusqu’au 24 janvier 2016 à Paris, au musée du Luxembourg : Fragonard amoureux. Galant et libertin ; ou n’aura pas le loisir de s’y rendre.

 

Si « la philosophie sans peinture [est u]ne vieillesse qui dure », nous assène Philippe Sollers, traverser le temps d’une vie sans jamais avoir croiser ce peintre serait une erreur fondamentale ! Car Fragonard est l’un des peintres majeurs du XVIIIe siècle, même si sa mort accidentelle par congestion suite à la prise d’une glace trop froide un jour de forte chaleur ne déclencha pas la moindre dépêche dans le journal parisien de l’époque.

Peintre du détail et de l’élégance, osant des arrière-plans jamais réalisés pour son époque, Fragonard additionne les splendeurs en renouvelant ses sujets et en osant peindre une certaine licence que les mœurs libertines de l’époque affichaient au grand jour. S’étant très vite éloigné de tout académisme, laissant cela à Boucher, il peint les galantes comme personne et baigne dans un érotisme fulgurant.

Ainsi le voilà survolant ses pairs et son siècle, poussant même l’impertinence cavalière – comme il se doit à tout artiste – d’aller interroger l’avenir, et donc, aujourd’hui, le regardeur qui nous sommes face à ces tableaux.

 

François Xavier

 

Philippe Sollers, Les surprises de Fragonard, 73 illustrations, 190 x 240, relié sous jaquette, Gallimard, septembre 2015, 144 p. – 25,00

1 commentaire

« la philosophie sans peinture [est u]ne vieillesse qui dure »... comprenne qui pourra... on dirait du JPGP...