Simon Liberati et le démon de la langue

L'auteur d'Eva met en scène une fratrie dostoïevskienne prise dans la drogue, le plaisir, l'insouciance, la dérive et la guerre du Vietnam. Tout est perpétuel mouvement. Le roman (présenté comme pop ce qui ne l'enrichit en rien parce qu'il n'en a pas besoin) brasse beaucoup de choses, de pays et de stars.

Il avance en vitesse lamborginienne, dans une peinture parfois magique des vicissitudes de la vie et le délabrement intérieur souvent drôle et détaillé. Une merveilleuse décadence est scénarisée pour suggérer que les Démons ne sont pas forcément ceux que l'on croit.

Existe là le casting de la rentrée littéraire : de Johnny Hallyday  qui croise Louis Aragon et Elsa Triolet, Brigitte Bardot avec Andy Warhol. Marie-Laure de Noailles, Truman Capote, Emmanuelle Arsan, Nico, Paul Morand défilent. Toutes ses ombres hantent le royaume d'un tel roman  de la désillusion.
Les personnages ont disparu ou abandonné  luxuriance et la volupté. Mais le roman Les Démons les exhume depuis l'époque où Liberati était adolescent. J’ai toujours eu l’impression d’arriver après la bonne soirée, dit-il. Et d'ajouter : Même à l’école, on nous a dit : “Maintenant, c’est fini, il va y avoir du chômage partout.” C’était d’avance le no future des punks

L'auteur n'a donc pu qu'entrevoir cet âge d’or. Et en sa fiction, l'humour sauve tout – même de la drogue et des abus dont l'évocation tourne parfois au pastiche – mais c'est sans doute à dessein. Parfaitement écrit le livre avance sans que l'on sache où. Mais qu'importe. D'autant que Libérati possède un côté tarantinesque désopilant.
Il s'affirme une fois de plus comme un maître styliste. Et en plus il fait rire – ce qui n'est pas à négliger, tant s'en faut. La forme fluide l'emporte sur le fond mais qu'importe. Les années 60 deviennent un cauchemar féerique dans un climat de décadence nihiliste mais en rien  mélancolique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Simon Liberati, Les Démons, coll. La bleue, Stock, août 2020, 342 p.-, 20.90 €

 

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