Trois jours et une vie, de Pierre Lemaitre : Crime et tragédie

Il savait bien sûr qu’on l’attendait au tournant. Après le succès phénoménal d’Au revoir là-haut, Prix Goncourt 2013, devenu une bande dessinée avant d’être porté à l’écran en 2017, Pierre Lemaitre a dû avoir des sueurs froides et se demander comment se remettre d’un triomphe planétaire. Alors, il a décidé de revenir à ses premiers amours : le polar noir, très noir.

 

Nous sommes ici à Beauval, une petite ville sans intérêt et l’on fait connaissance avec Antoine, garçon solitaire dont le père est absent et la mère un peu trop protectrice. Antoine aime se retrouver en forêt, construire des cabanes. C’est là que le drame va se nouer : le chien des voisins, son ami, meurt et Antoine dans un accès de rage frappe le petit Rémi, le fils du propriétaire. Manque de chance absolu : l’enfant meurt de ce coup unique. Terrifié, Antoine, au lieu de retrouver le monde des adultes et d’avouer ce qui n’est qu’un accident, va cacher le petit cadavre dans la souche d’un arbre. La ville en émoi cherchera en vain le disparu.

 

Bientôt les rumeurs les plus folles, les suspects possibles se multiplieront, dénonciations et règlements de comptes forment le quotidien à la Chabrol de ce bourg provincial.

Antoine, lui, n’avouera jamais ce si lourd secret.

 

Toute sa vie, il vivra dans la terreur d’être mis à nu, découvert. Comment se construit-on après cet acte impensable ? Comment arrive-t-on à nouer des liens avec d’autres êtres humains ? Un temps, l’amour d’une fille semble lui ouvrir les bras du bonheur mais l’intermède est de courte durée. Un déluge mettra fin aux dernières illusions du meurtrier malgré lui.

 

Évidemment, la conclusion n’est pas conforme à ce que l’on pouvait attendre. Lemaitre a prouvé avec les formidables Alex et Robe de marié qu’il savait utiliser les coups de théâtre, dérouter les lecteurs.

 

Ici, cependant, on reste un peu sur sa faim : si le héros est attachant, on peine à retrouver dans un fait divers après tout assez banal l’imagination folle de l’auteur d’Au revoir là-haut et la présentation du milieu social d’Antoine, expédiée en quarante pages, semble artificielle, réduite presque à un scénario. Le style n’est pas sans facilités, sans platitude. Trois jours n’est pas un coup de maître. Dommage.  

 

Ariane Bois

 

Pierre Lemaitre, Trois jours et une vie, Albin Michel, mars 2016, 240 pages, 19,90 € 

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