Bobin, Soulages et les lumières du noir

Christian Bobin était fait pour l’œuvre de Soulages et son noireclaire pour reprendre un titre de l'auteur (Gallimard, 2015) même s'il n'avait rien à voir avec l’œuvre du peintre. Parlant de lui il préfère ce mot à la nomination qu'il transforme d'ailleurs en Pierre pour souligner une communauté en tout point avouable.

En live ou au téléphone (entre Sète et Le Creusot) les deux hommes ne sont jamais écrasés par le réel mais demeurent agis par la clarté du petit jour. Pour eux jusqu'au cœur du noir, la lumière est salvatrice. Et Soulages s'est affranchi des représentations comme le poète des vers. De telles manières les dérobent à toute fixité univoque et traduisent une positivité qui s'affranchit de toute contrainte.

Ce livre n'est pas le plus déterminant de Bobin mais il révèle la relation élective qui lie les deux créateurs. Pour eux l'enjeu est de révéler l’existence dans un jeu de cache-cache du monde en une poésie verbale ou visuelle elle-même mise à nu.
Le fond donne sens comme le sens donne fond en de telles œuvres qui tordent l'attente et l'attention. L'important reste néanmoins ce qui porte ou sollicite les deux œuvres. Le tout dans un jeu de dominante et de de tierce. En passant par autre chose que ce qui aurait juste pu être montré et dit.

Pierre, (dont la virgule marque une ouverture) devient une confidence, un conciliabule hors normes, une oscillation pour montrer comment deux créateurs cherchent leur échappée loin de la nuit qu'ils contribuent à métamorphoser.
Dans le noir il y a toujours un flamboiement de ciel et des signes enchanteurs par la langue d'une seule couleur. Elle va parfaitement au poète qui trouve chez Soulages de quoi faire reculer encore - et si cétait nécassaire - son glacier intérieur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Christian Bobin, Pierre, coll. Blanche, Gallimard, octobre 2019, 98 p.-, 14 €
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