"Séraphin, c'est la fin !" : Un moraliste nommé Gabriel Matzneff

Résistance. Tel est le maître mot. Celui qui pourrait le mieux définir la teneur des textes que Gabriel Matzneff publie, avec une belle constance, depuis les années 60 de l'autre siècle. Il en a alimenté les revues et les journaux, du Monde au Figaro, de Combat aux Lettres françaises. Sans compter des incursions du côté d'Eléments ou de Philosophie Magazine, entre autres. Un éclectisme qui n'est nullement synonyme de dispersion. Non seulement parce que, quel que soit le support, il aborde des thèmes récurrents, mais surtout parce qu'il reste lui-même. Rétif à toute concession. Indifférent aux modes. Peu soucieux de donner à la pensée unique quelque gage que ce soit.

 

Ces textes, il les rassemble périodiquement en recueils, depuis Le Sabre de Didi (La Table Ronde, 1986) jusqu'à Séraphin, c'est la fin !, le sixième (et dernier, aux dires de son auteur) que propose aujourd'hui le même éditeur. Curieux titre qui fait référence à une réplique de L'Aiglon d'Edmond Rostand, placée en épigraphe, et qu'il convient de prendre au pied de la lettre : "... je ne nourris, écrit Matzneff, aucune illusion touchant l'avenir de la liberté, de la beauté, des diverses passions qui auront empli ma vie d'homme et inspiré mon travail d'écrivain." Une manière d'adieu, donc, ou de testament, en même temps qu'un regard rétrospectif sur les batailles menées sans relâche au fil des ans.

 

Batailles, car Matzneff, on le savait mais la confirmation nous est ici fournie, est un redoutable polémiste. Prompt à ferrailler contre ses ennemis personnels, rangés sous l'étendard de la Bêtise "au front de taureau", comme écrivait Baudelaire. En d'autres termes, l'intolérance dans tous les domaines, l'hypocrisie, la mauvaise foi, l'inculture satisfaite, le grégarisme, la vulgarité engendrés par notre époque qui divinise la masse et diabolise l'individu jugé non-conforme. Combat sans merci. Sans fin, dans la mesure où l'actualité fournit au diariste et au chroniqueur des occasions toujours renouvelées de remonter à l'assaut.

 

Une telle opiniâtreté mérite d'être saluée - même si elle conduit à d'inévitables redites dont l'auteur a une pleine conscience. Il faut, du reste, souligner que de ces redites, ou plutôt, en réalité, de ces variations sur un même thème, émane un charme particulier. Celui des leitmotive conférant à une symphonie son caractère singulier. Car il ne faut pas s'y tromper : la succession de ces fragments épars, auxquels la chronologie fournit une manière d'armature, donne naissance à ce qu'il convient d'appeler une oeuvre, et des plus cohérentes. Tant il est vrai, et Matzneff le souligne dans une de ses chroniques, qu'"un écrivain est comptable de tout ce qu'il signe, et [que] son oeuvre est une." Ce qu'il écrit de Dostoïevski ("Les articles qu'[il] a donnés à la presse font partie de son oeuvre au même titre que ses romans") vaut aussi pour lui-même.

 

C'est que ce recueil, comme Nous n'irons plus au Luxembourg ou Ivre du vin perdu, comme les récits, les essais, les volumes des Journaux intimes, sont d'un écrivain. A savoir "une sensibilité modelée par une écriture, un univers soutenu par un style".

 

Si l'actualité sous tous ses aspects, politique, social, intellectuel, artistique, inspire nombre de ces pages, il en est d'autres qui lui échappent. Celles qui sont nourries par des oeuvres littéraires ou philosophiques dont l'auteur se fait le commentateur inspiré (c'est le cas de sa conférence sur Casanova, de ses articles sur Jacques Perret ou Albert Camus, Guy Hocquenghem ou Pierre Bourgeade, Schopenhauer ou René Schérer, "un contemporain essentiel, un maître, un éveilleur"). Il s'y révèle brillant, parfois déconcertant. Toutes les occasions lui sont bonnes pour donner les étrivières aux "quakeresses de gauche" et aux "psychiatres de droite". Inclassable. Lucide. Caractéristique de son refus de hurler avec les loups, le commentaire qu'il consacre au lynchage et à l'assassinat de Kadhafi. De quoi révulser l'Intelligentsia bien-pensante.

 

Son discours sur la censure est de la même eau. Il y propose, horresco referens, de "rendre à Rebatet la place qui est la sienne dans le Panthéon des écrivains de sa génération" et réclame l'entrée dans la Pléiade des Deux Etendards... Ailleurs, il dénonce l'obsession actuelle de la pédophilie, revenant sur une cause qui lui est chère : "Quelle langue commune avez-vous avec une société qui, lorsque vous lui parlez des amours de Byron, vous rétorque les crimes de Dutroux ?"  

 

Tel est Matzneff. Provocateur. Iconoclaste. Témoin et observateur impitoyable des moeurs de ce temps. Par là même, moraliste, l'un des plus fins de notre époque où, il est vrai, l'espèce s'en fait rare. Son livre est dérangeant - et stimulant à proportion. Autant dire, hautement recommandable.

 

Jacques Aboucaya

 

Gabriel Matzneff, Séraphin, c'est la fin !, Editions de la Table Ronde, février 2013, 268 pages, 18 €.

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3 commentaires

anonymous

je n'appelle pas provocateur un homme qui fait l'éloge de la pédophilie et qui au nom de l'Art justifie ses penchants criminels car c'est un crime pour lequel n'importe quel péquin lambda finirait en prison

anonymous

Je cite et approuve totalement: "Les artistes auraient tous les droits, du ballet bleu au viol, quand le type de base, le mec lambda, le gros bâtard qui va sauter les petites filles, ou les petits garçons, lui, ce sera un pédophile, un sale type, une ordure, une merde infâme qui ne mérite que la prison, le cachot et une vie de misère.

 

Mais, lorsqu’il s’agit d’un « génie », le bâtard se transforme alors, devient « sulfureux », un « nihiliste distingué » qui possède « une intelligence sensible » bien qu’un peu coupable, il est vrai, de « certaines amours » qu’on se gardera bien de nommer, il est un « sniper libertaire », se définit comme un impénitent « philopède« , mot qu’il a lui-même créé, synonyme de pédophile.

 

Est-ce de la sensibilité lorsqu’on se vante d’aimer les enfants ?

 

Voici ce qu’il écrit dans « Les moins de seize ans » :

 

« Ce qui me captive, c’est moins un sexe déterminé que l’extrême jeunesse, celle qui s’étend de la dixième à la seizième année et qui me semble être - bien plus que ce que l’on entend d’ordinaire par cette formule - le véritable troisième sexe. Seize ans n’est toutefois pas un chiffre fatidique pour les femmes qui restent souvent désirables au-delà de cet âge. (..) En revanche, je ne m’imagine pas ayant une relation sensuelle avec un garçon qui aurait franchi le cap de sa dix-septième année. (…) Appelez-moi bisexuel ou, comme disaient les Anciens, ambidextre, je n’y vois pas d’inconvénient. Mais franchement je ne crois pas l’être. À mes yeux l’extrême jeunesse forme à soi seule un sexe particulier, unique. »

 

Gabriel Matzneff se qualifie lui-même d’amant des enfants, païen imprégné d’orthodoxie, végétarien qui aime la viande, pédéraste qui aime les femmes, et esprit libre qui n’irriterait que les sots.

 

Sensible ? mon cul oui.

 

Est-ce de la sensibilité lorsqu’on se vante d’aimer les enfants, de les préférer pubères, et sous la barre des 17 ans ? Est-ce de la sensibilité lorsqu’on s’enorgueillit de la fange sexuelle dans laquelle on se vautre ? De se faire surprendre, vieux croûton, au lit avec une jeune adolescente, encore lycéenne ?


Honte à vous, Salon littéraire de déguiser sous des mots ampoulés ce qui n'est qu'une imposture intellectuelle et l'apologie de la pédophilie !!!!!

anonymous

Monsieur Matzneff serait apprécié - notamment - par  l'auteur de "99 francs".  Je me demande si celui-ci verrait d'un bon oeil l'objet de son admiration passer la main (et le reste) sous la jupe de sa très jeune enfant.   J'ose espérer que l'admiration intellectuelle a ses limites et que ces limites épousent comme allant de soi celles définies par la loi pour la protection des personnes mineures.