Truffaut et les femmes

Benoîtement, en recevant ce livre, j’ai imaginé qu’il allait tout raconter sur les conquêtes féminines de François Truffaut. Ce cinéaste qui véhicule la flatteuse réputation d’avoir été un grand séducteur ou, au moins, un grand amoureux. Je m’attendais à du croustillant voire du salace. Je suis un grand naïf. Car ici nous sommes chez Grasset non dans une obscure officine à ragots. Foin de révélations.

Oh, bien sûr, il y est question de femmes. Beaucoup. Celles qui ont marqué la vie de Truffaut et surtout imprégné son œuvre. Car il était un cinéaste essentiellement féminin. Ses titres parlent pour lui : La Mariée était en noir, La Sirène du Mississipi, La Femme d’à-côté, L’Histoire d’Adèle H, Deux Anglaises et le continent… Et même quand il faisait mine de s’intéresser aux hommes (L’Homme qui aimait les femmes, Jules et Jim…) c’était encore et toujours pour mieux parler des femmes. Il est vrai qu’il en parlait bien, parce qu’il les connaissait bien. Déjà, comme nous le rappelle l’auteure de ce livre, Les 400 coups, était aussi un film sur la femme : la mère du petit garnement, fortement inspirée par la propre mère du cinéaste.

Or donc, dans ce Truffaut et les femmes, Elizabeth Gouslan nous dresse une sorte de carte du tendre. À chaque femme son film et à chaque film sa femme. Elles sont nombreuses au rendez-vous : Jeanne Moreau, Catherine Deneuve, Françoise Dorléac, Claude Jade, Isabelle Adjani, Helen Scott, Jacqueline Bisset, Alexandra Stewart, etc. Partant du principe, avéré, que toutes ont laissé une trace dans le parcours truffaldien (ça se dit ?), l’auteure, loin de dévoiler des secrets d’alcôve, se sert de cet éclairage pour mieux analyser certains films. Elle y décortique ces femmes de fiction, intimement reliées à des femmes de chair et d’os.

Au détour d’une phrase (p 108) on apprend que ce François a eu « des aventures par dizaines » mais nous n’en saurons pas plus. Cet ouvrage n’est pas un cahier comptable…

Contrairement à ce que la quatrième de couverture suggère il ne s’agit pas à proprement parler d’un « livre-enquête » mais d’un essai. Une ballade dans la vie et les films de Truffaut, une autre façon de regarder ces derniers. Il s’agit aussi d’une longue déclaration d’amour d’Elizabeth Gouslan à Truffaut, cinéaste qu’elle admire par-dessus tout jusqu’à, peut-être, l’aimer en secret, regrettant forcément de n’avoir point compté parmi ses conquêtes ou ses amies. Ce livre est un cri du cœur.

Sur un plan critique, il est construit de manière inégale. À mes yeux, les chapitres les plus passionnants sont ceux qui touchent directement le vécu. Celui sur La Nuit américaine sort résolument du lot. Soutenu par des propos inédits et pertinents de Jacqueline Bisset et Alexandra Stewart, il frôle l’excellence. Globalement, d’ailleurs, je regrette qu’Elizabeth Gouslan n’ait pas plus exploité les interviews qu’elle a réalisées. Les comédiennes lui en ont sûrement dit davantage…

Je suis moins friand des analyses. Dès que l’on fait appel à Lacan pour expliquer un film, je me cabre. Mais c’est le propre des grandes œuvres de pouvoir être re-digérées à toutes les sauces. Moins friand aussi de la digression qui rappelle la quête de Truffaut pour retrouver son vrai père et qui me parait légèrement hors-sujet.

Évidemment, au fil des pages se dessine un portrait de François Truffaut. Chacun en tirera ses propres conclusions. Je me garderai d’imposer les miennes mais j’avoue qu’elles confirment avec exactitude ce que je pensais de ce monsieur.

Au rayon « bourdes », pas grand-chose à se mettre sous la dent. Tout de même un Cary Cooper qui m’a beaucoup amusé. J’ai souvent vu écrit Gary Grant mais encore jamais Cary Cooper ! Le genre de première qu’il faut saluer.

En revanche, je me permets de conseiller à Elizabeth Gouslan de lire avec attention l’excellent La Bande du Conservatoire (où il est question aussi de Jeanne Moreau). Elle y découvrira que, contrairement à ce qu’elle écrit, Jean-Paul Belmondo n’est pas sorti du Conservatoire en 1952. De plus, au moment de sa sortie, Rochefort, Vernier et Marielle étaient déjà dehors. Merci.


Philippe Durant 


Elizabeth Gouslan, Truffaut et les femmes, Grasset, mars 2016, 251 pages, 19 eur

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