Delphine Coulon, Une fille dans la jungle : Seuls au monde

Six enfants entre 8 et 17 ans : deux filles, l’une vient d’Ethiopie, l’autre d’Albanie ; quatre garçons, Afghans. Ils n’ont pour points communs que l’errance sur les routes du globe et à l’exception d’un seul, Ibrahim, leur décision de ne pas quitter Calais après le  démantèlement du camp.

Leur paradis, l’Angleterre, dont on distingue les contours quand il fait beau, n’est qu’à 33 kilomètres. S’en éloigner pour un centre d’accueil situé au bout de cette France qu’ils ne connaissent pas compromettrait toutes leurs chances d’atteindre leur Graal où certains ont de la famille, d’autres, leurs rêves. Mais, après la "jungle froide, de bois et de boue, avec des animaux crottés, et des monstres de métal au loin, sous le chagrin", succède un désert glacial d’où toute vie a déserté et leur situation n’est pas meilleure.

Seuls au monde, ils se débrouillent. Avec la faim, la peur, la saleté. Les fermiers dont ils squattent, une cabane, les autres migrants, qui comme eux ont refusé de fuir, tout représente un danger. Les organisations humanitaires ont quitté le terrain, il ne leur reste que la débrouille. Et l’espoir. Après avoir failli mourir plusieurs fois dans leur périple, été violés ou exploités, rien ne les effraie plus.

Delphine Coulin décrit l’existence, les tentatives de survie de ces jeunes avec sensibilité mais sans angélisme aucun. Il n’y a pas les bons d’un côté, les migrants, les mauvais, les forces de l’ordre, les autorités, de l’autre. Tous les personnages sont pris dans une nasse, une histoire plus grande qu’eux, "sont entre la vie et la mort depuis si longtemps".

Au fil du livre, elle revient sur leurs parcours. Hawa, l’Africaine a quitté la maison en volant les bijoux de sa mère pour payer la traversée parce-que celle-ci voulait la marier à un homme qui avait deux ou trois fois son âge. Elira, venue du fond des Balkans est partie avec son chien parce que son père abusait d’elle. Elle a fini chez une "protectrice" qui lui imposait quinze passes dans la journée, le chien, bien sûr a été massacré sous ses yeux.

L’épopée de "cette troupe en guenilles, qui marchait presque en rythme", glace le sang, son courage sidère, surtout quand l’auteur annonce le chiffre (vérifié) d’au moins dix mille enfants migrants disparus en deux ans en Europe.

Brigit Bontour

Delphine Coulon, Une fille dans la jungle, Grasset, août 2017, 237 p. - ,18 €

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