Interview. Christophe Ferré, La petite fille du phare : Quand l’enfant disparaît…

Auteur d’une dizaine de livres, Grand Prix de la nouvelle de l’Académie française, Christophe Ferré s’est spécialisé dans le roman policier depuis le succès de La Révélation de Chartres (Salvator, 2015) et de Mortelle tentation (France Loisirs, 2016). En cette rentrée littéraire, avec La petite fille du phare, il nous offre un thriller haletant et magistral qui nous entraîne, d’une plume puissante et poétique, au cœur des brumes et des embruns de l’automne breton.

Gaela, fillette âgée de quelques jours, disparaît de son domicile alors qu’elle se trouve sous la garde de son frère aîné qui dort dans une pièce voisine, tandis que ses parents prennent un verre dans un bar. L’enquête démarre sur les chapeaux de roue, mais les jours passent et la petite n’est pas retrouvée. Peu à peu, les gendarmes suspectent la mère, Morgane, dont l’emploi du temps et le passé comportent de nombreuses zones d’ombre… Elle n’est pas la seule à être interrogée. D’autres proches pourraient être impliqués dans cette sinistre affaire. Qui a enlevé l’enfant ? Pourquoi ? Comment ? Gaela est-elle encore en vie ? Derrière les silences et les non-dits, noyés sous les mensonges et les calomnies qui n’épargnent pas le couple parental, les enquêteurs piétinent, allant, comme le lecteur, de surprise en surprise, jusqu’à l’ultime rebondissement en forme de dénouement… Un dénouement stupéfiant !

— Christophe Ferré, vous avez publié de nombreux romans avant d’en venir aux policiers et, désormais, d’en faire votre spécialité. Pourquoi avoir choisi ce genre ? 

Je suis fasciné par les romans policiers depuis mon enfance, mais aussi par les films d’Hitchcock, un génie du suspense. Je ne peux pas expliquer pourquoi je me suis mis à en écrire. Une force irrépressible m’a poussé à le faire. Ce genre littéraire révèle l’âme humaine : la haine, la jalousie, l’amour, la vengeance, le désir… Comme le dit Christian Bobin : « J’écris seulement si quelque chose me coule du cœur jusqu’aux mains. »

— Êtes-vous un grand lecteur de romans policiers ? Quels sont vos maîtres en la matière ?

Le roman policier, s’il est réussi, se dévore, alors que Proust ou Kundera se savourent. Mon auteur préféré, la référence suprême, le génie indépassable est Agatha Christie.

— Comment choisissez-vous vos sujets ? Lisez-vous les rubriques « Faits divers » dans les journaux ?

Autrefois, on considérait qu’il était malsain de s’y plonger. Les choses ont changé. Ausculter un fait divers, c’est comprendre la face cachée de l’homme, son côté noir, horrible. De plus, au-delà de son intérêt psychologique et romanesque, le fait divers a une fonction cathartique : il nous permet de devenir meilleurs. Un roman policier agit sur le lecteur de la même manière.

— En quoi le thème de la disparition vous paraît-il romanesque ?

J’ai toujours été hanté par les disparitions. Elles sont pires que la mort. L’imagination galope dans toutes les directions : des scénarios contradictoires s’entrechoquent, du plus optimiste au plus terrifiant, du plus rationnel au plus extravagant. Chaque année en France, des enfants disparaissent : c’est le pire cauchemar qui puisse arriver à des parents. 

— C’est un art de savoir distiller les informations au compte-gouttes, d’en dire suffisamment, mais pas trop pour amener le lecteur à tourner avidement les pages jusqu’à la fin… Pour nous tenir ainsi en haleine sur près de 500 pages, comment vous y prenez-vous ? Y a-t-il une recette ?

Je n’ai pas de recette à proprement parler, je fais confiance à mon intuition pour emmener le lecteur dans une histoire qui le dépasse. Je veux qu’il tourne les pages fébrilement jusqu’à la toute dernière. J’écris des chapitres très courts. Je multiplie les rebondissements, les coups de théâtre, les fausses pistes, les retournements de situation, jusqu’au dénouement que personne n’attend. Mes lecteurs me disent : « La fin est stupéfiante, elle fait froid dans le dos, mais en relisant le livre, on se dit que c’était la seule hypothèse crédible. » Je sème des indices au long des 500 pages, mais peu de lecteurs les voient. La petite fille du phare ne déroge pas à la règle. L’histoire est un labyrinthe dont le décor est la beauté de la côte bretonne, ses lumières aveuglantes, ses vents, ses tempêtes.

— Combien de temps nécessite l’écriture d’un roman policier tel que celui-ci? Faites-vous beaucoup de recherches sur le sujet avant de vous lancer dans l’écriture ? Établissez-vous au préalable un plan détaillé de l’histoire, chapitre par chapitre, ou laissez-vous une grande part à l’inspiration et l’improvisation ? 

Comme au cinéma, je fais un repérage sur les lieux du drame. Je prends des centaines de photos. Puis je me mets à écrire. Je travaille dix heures par jour pendant plusieurs mois, en partant d’un plan précis. Mais rien n’est totalement décidé à l’avance. L’écriture est un voyage exploratoire, elle permet de découvrir des choses extraordinaires auxquelles je n’avais pas pensé. 

— Connaissez-vous déjà le sujet de votre prochaine enquête policière et, si oui, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Mortelle Tentation, un polar se déroulant dans le décor grandiose des Pyrénées, sera prochainement réédité. J’aurai ainsi l’occasion de vous en reparler !

Propos recueillis par Cécilia Dutter (octobre 2018)

Christophe Ferré, La petite fille du phare, L’Archipel, octobre 2018, 442 pages, 22 euros

 

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