Dans l'ombre, l'Islande des années noires

Le maître du polar islandais

Arnaldur Indridason, né à Reykjavík en 1961, est devenu un auteur phare de ce que la presse appelle le polar nordique. Diplômé en histoire, tout d'abord journaliste et critique de films, il décide de se tourner vers l'écriture à partir de 1997. Traduit en France dans les années 2000, La Femme en vert a reçu le Grand Prix des lectrices de Elle en 2007 ainsi que le Prix du livre Insulaire Fiction 2006. Les romans d’Arnaldur Indridason se caractérisent par une atmosphère oppressante, marquée par la dimension insulaire de la société islandaise. Dans l’ombre marque une inflexion de son œuvre et vise à explorer le passé de l’île lors de la seconde guerre mondiale.

Reykjavik nid d’espions

Islande, 1941 : soldats britanniques et américains occupent l’île, devenu un point de passage obligé dans les liaisons entre la Grande-Bretagne et l’Amérique devenu arsenal des démocraties. Les soldats séduisent à tour de bras les jeunes islandaises, suscitant troubles et jalousies. C’est là qu’on retrouve le cadavre d’Eyvindur, un représentant de commerce, tué d’une balle de colt avec le front marqué d’un « SS » en lettres de sang. On désigne deux enquêteurs : Flovent, ancien stagiaire de Scotland Yard, et Thorson, canadien d’origine islandaise parfaitement bilingue. Ils se retrouvent bientôt embarqués dans des investigations où l’espionnage n’est jamais loin, surtout celui des nazis. Flovent et Thorson cherchent surtout Felix Lundent, ami d’Eyvindur et d’origine allemande : serait-ce lui le meurtrier ?

Un roman dominé par la grisaille

Dans l’ombre surprend par le rythme particulièrement lent de son intrigue. Clairement, il faut prendre le temps de le lire pour se laisser prendre (c’était déjà le cas de La cité des jarres et surtout de La femme en vert, vrai chef d’œuvre) et apprécier le portrait de la société islandaise des années 40 que nous livre Indridason. Pour autant, le lecteur doit s’armer de patience, tellement les personnages manquent de vie, peut-être de relief. Le dénouement rebat les cartes (un deuxième tome est en vue) mas reste au final une impression mitigée : on aurait aimé un roman plus… Dynamique. A voir, donc.

Sylvain Bonnet

Arnaldur Indridason, Dans l’ombre, Métailié, traduit de l’islandais par Eric Boury, février 2017, 352 pages, 21 €

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