Valéry contre les idolâtres

Retrouver Valéry est toujours un régal. Et lire un de ses inédits un ravissement de l'esprit. Nous nous retrouvons en compagnie d'un poète subtil et drôle, philosophe à ses heures. Donc presque toujours.

Au besoin Valéry n'y va pas de mains mortes : "psychologie suppose que tout n'est pas accidentel dans l'univers total de la conscience - c'est-à-dire le plus haut degré du N'importe quoi" écrit-il ici.
Cette obscur clarté donne du blé à moudre.

Et Valéry d'enfiler pour s'en moquer les perles des formules toute faites - de "Enfin Malherbe vint" à "Je pense donc je suis". Mais les philosophes badauds trouvent là des fléaux pour battre Valéry. Ils ne s'en sont pas privés et il est des pontes de la pensée française post-marxiste (Badiou) qui aiment lui tanner le bas du dos.

Pour cet inédit Nicole Celmeyrette-Pietri et Micheline Hontebeyrie ont bien fait les choses. Se découvrent au fil des pages des pépites. Elles devraient depuis longtemps être des idées communes mais restent délibérément ou non masquées. "Abstraction. C'est le penser sans rien de caché" : une telle insertion ouvre à des dimensions et des combinaisons qui restent à approfondir.
Les affirmations de cet étonnant "Cahier" sont soumises à nulle contrainte sinon l'approche d'une justesse. Elle permet de comprendre ce que projeter et spéculer implique loin de tout "voging" et désir de puissance ridicule et grotesque.

Dégagé des plumes de paon de la pensée conformiste, Valéry ouvre l'écriture à la danse nue d'une écriture en mouvement. Le langage y reste "père et fils de nos idées".

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Paul Valéry, Aout 1933, cahier inédit, édition par Nicole Celmeyrette-Pietri et Micheline Hontebeyrie, Gallimard, juin 2019,118 p.-, 17 euros

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