Philippe Jaccottet : la dernière extase

Publié quelques jours après le décès de l'auteur, ce recueil d’une trentaine de poèmes, rassemble une version moderne des grands textes qui l’ont inspiré. En émanent le royaume des ombres sur les traces d’Orphée et d’Ulysse, les travaux et les saisons  mais aussi des fêtes chargées de mystère.
S'y perçoivent filigrane des références aux traductions de l’auteur (Homère, Ungaretti, Dante). Le cadre temporel y fluctue pour donner toute sa nuance de madrigal au recueil, comme un écho à  Monteverdi.

Les Madrigaux dans l’œuvre de Jaccottet deviennent le point d’orgue de sa poétique, sa virtuosité dans l’usage du vers libre, une extrême musicalité et bien des jeux de l’ombre et de la lumière.
Ce qui échappe à la vie Jaccottet le sauve même si parfois il lui est difficile de se fondre dans l’extase du monde. Ici néanmoins elle rayonne face au tragique de la vie.

À la commotion fait place l’illumination. Les mots de Jaccottet proposent  un accomplissement terrestre. Mémoire et projection, le poème se veut "le pas gagné" réclamé par Rimbaud. Il devient l’avenir modeste mais nécessaire à tout vivant. Elles font de l’auteur le paysan sublime d’une plénitude in herbis et verbis qui trouva dans la Drôme son dernier refuge.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Philippe Jaccottet, Le dernier livre de Madrigaux, Coll. Blanche, Gallimard, mars 2021, 48 p.-, 9 €
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