William Wordsworth et Talweg : transfigurations

                 

Présentés dans leur version originale et dans la traduction de Barbey d’Aurevilly, les 3 poèmes du chef de file de l’école lakiste William Wordsworth jouent (comme la musique de Talweg qui en offre un contrepoint) du silence et de la vibration, de la jeunesse et d’un temps plus âpre. Ils créent une transfiguration du réel par la scansion des mots en ce qu’ils possèdent de simple mais aussi d’énigmatique.  Surgissent aussi divers systèmes de correspondances « dans le silence cristallin de la parole ».


Le ouaté n’empêche pas la lucidité bien au contraire. Mais il ne bloque pas plus la faculté de rêver les yeux ouverts ni, à la nuit tombée, de se hisser sur l’escarpolette d’un dernier quartier de lune. Cette gaze met les choses en place différemment, dans une harmonie sourde et feutrée. L’absence d’agressions externes permet le chant  le plus juste des  émotions. Une telle poésie devient le corps étranger du réel qui surgit en mince  filet et fleuve. La voix se brise en deux morceaux : l'un est la musique travaillée  par le temps, l'autre est le temps qui se tourne contre lui-même. Le poète devient un revenant, il va à nouveau dans le mystère de la vie,  son épreuve et  son accomplissement. A ce point la poésie et la musique n'assemblent plus vraiment : elles sont faites de fragments qui suivent le mouvement de l’existence.


Jean-Paul Gavard-Perret


WILLIAM WORDSWORTH, « 3 POEMS / 3 POÈMES », et TALWEG, « ENTENDS PAR LA VERTU PUISSANTE DE L'OUÏE DU LION »  éditions Bilingue, LENKA LENTE, 60 p.  2016 - LIVRE + CD


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