"Cagebird", Pirates: le cauchemar des enfants!

Le troisième acte est le meilleur


Cagebird est le dernier volume d’une trilogie commencée avec Warchild et poursuivie dans Burndive. Beaucoup de trilogies commencent sur les chapeaux de roues et finissent sur un rythme plus lent, laissant les lecteurs sur leur faim, voire déçus que l’histoire s’arrête. Ce roman, à l’instar d’un Vortex de Robert Charles Wilson, qui constitue une exception récente, est un contre-exemple parfait : le lecteur en sort haletant ! Ici pas de lenteur, pas de déception, juste une série d’uppercuts au cœur et au ventre.

Comme dans les autres romans, l’auteur centre son récit sur un seul personnage, figure de l’enfant détruit par la guerre et la violence des adultes, mais choisit d’aller directement aux racines du mal :


«- Yuri Mikhailovitch Terisov, dit la femme pour capter mon attention. (…)

Je suis assis dans une pièce couleur de glace sale, poignets menottés à la table, bras écartés, paumes en l’air : un dieu martyr. Elle parle d’une manière nette, décidée, censée s’enrouler autour de ma tête et m’étouffer sous son autorité. Quand elle a fini, je baille, et elle ajoute : « vous êtes emprisonné sous le coup de plusieurs perpétuités consécutives, sans possibilité de libération anticipée. Vous devriez vous intéresser davantage à notre conversation. »


Au cœur du mal


Cagebird va au bout de ce qui était suggéré, murmuré, entrevu dans Warchild et Burndive : comment un enfant grandit sur un navire pirate, comment les pirates le traitent-ils ? Comment devient-il, lui, la victime, un autre pirate ? L’auteur propose ici une immersion dans la tête de Yuri Terisov, devenu Kirov, acheté à sa famille par un marchand - qui est en fait le pirate Falcone - et emmené à bord du vaisseau Gengis Khan. Le but du pirate était simple : faire de ces enfants ses doubles, ses héritiers, ses fils, en leur apprenant la manipulation, la violence, le mensonge. De Yuri, il fait une Geisha, bonne à coucher avec des alliés ou des clients de Falcone en mal d’adolescents. Il exige en outre de lui une obéissance absolue et en même temps encourage chez lui le sadisme, voire une forme de folie. Il lui apprend à être un pirate affranchi des règles qui régissent la vie en société. Mais Yuri Kirov le voulait-il vraiment ? Et s’il pouvait revenir en arrière ?


Karin Lowachee a choisi de marier le space opera à des thèmes et des problématiques inhabituelles au genre. Du coup, elle renverse complètement certains clichés du roman d’aventures : les pirates ne sont pas glamours, ils sont violents, abusent des enfants qu’ils dressent à leur image – on est très loin de l’île au trésor, chef d’œuvre pourtant vénéneux de Stevenson, et de Long John Silver. Emprisonné dans ses névroses, Kirov a un seul ami : son oiseau, enfermé dans une cage, comme lui est prisonnier du monde de la piraterie… Cagebird, on le referme comme un bon roman noir, âcre. On sent la transpiration, les montées d’adrénaline. On sort KO ! Ce roman constitue une franche réussite et de Karin Lowachee, on attend désormais beaucoup !


Sylvain Bonnet


Karin Lowachee, Cagebird, traduit de l’anglais (canada) par Sonia Quemener, éditions Le Belial, novembre 2012, 448 pages, 23 €

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