"Anti-glace", le délicat fumet du steampunk

Rétro futur

 

On connaît Stephen Baxter comme un héritier d’Arthur C.Clarke (le cycle de l’odyssée du temps) et un tenant de la hard science, courant de la science-fiction axé sur des extrapolations scientifiquement solides, voire fondées : le cycle des Xeelees (Gravité, Singularité, Flux et Accrétion) en constitue une belle illustration. Et voici que le Belial nous offre du Baxter en période… steampunk ! Ce genre, fondé sur la nostalgie des romans « scientistes » d’H.G Wells et Jules Verne, d’un moment marqué par la foi aveugle dans le progrès, est né d’une plaisanterie entre Tim Powers, James P.Blaylock et K.W.Jeter  qui, pour répondre à la vague du cyberpunk, lancèrent par défi le steampunk. Ils écrivirent ainsi respectivement les voies d’Anubis, Homunculus et machines infernales. A leur suite, Baxter nous propulse avec Anti-Glace (publié en 1993) en plein 19ième siècle au temps des machines à vapeur et des scientifiques en veste de tweed. Go on Steve !

 

Britannia rules again !

 

Le roman commence par la lettre d’un fils à son père. Après avoir engrossé une jeune fille, Hedley Vicars s’engage dans l’armée de sa majesté et est envoyé en Crimée lutter contre les russes. La guerre s’enlise jusqu’au moment où le commandement décide de larguer une arme nouvelle contre Sébastopol, l’anti-glace (substance mystérieuse découverte en Antarctique), qui anéantit la ville et blesse nombre de combattants et laisse Hedley mutilé…

 

1870 : le jeune Ned Vicars, frère d’Hedley, diplomate  assiste à l’exposition universelle de Londres, véritable hymne à la science britannique. Ned y rencontre une jeune française, Françoise, dont il s’éprend à la manière d’un collégien. En pleine crise franco-prussienne, il se rend sur le continent pour prendre un train spécial propulsé par l’anti-glace, avec à son bord l’ingénieur qui a découvert la substance en Antarctique, si Josiah Traveller. Un attentat contre le train survient au moment où Vicars visite le Phaéton, sorte de fusée qui se retrouve en train de décoller. Et voilà nos héros sur la Lune !

 

La nostalgie a du bon

 

Ce roman, fort sympathique, a tout le parfum d’une uchronie de bon aloi (même si Vicars paraît bien niais devant Françoise mais Baxter a repris le ton des romans de l’époque victorienne…). Il offre au lecteur une évasion bienvenue qui rappellera aussi à l’amateur ses émois de jeunesse devant les romans du grand Wells. A lire et à déguster aussi.

 

Sylvain Bonnet

 

Stephen Baxter, Anti-glace, traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Pierre-Paul Durastanti, Illustration de Manchu et Philippe Gady, Le belial, juin 2014, 290 pages, 22 €

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