Vergennes, l'homme de l'indépendance américaine

Diplomate et historien

Ambassadeur de France, Bernard de Montferrand n’est pas le premier membre du Quai à devenir historien sur le tard : on doit par exemple à Jacques-Alain de Sédouy d’excellents ouvrages (citons Le concert européen, Fayard 2009)). Montferrand a publié quelques essais dont le dernier, France- Allemagne, l’heure de vérité (Tallandier, 2011) a eu un certain retentissement. Là, il publie une biographie de Vergennes, le ministre des affaires étrangères de Louis XVI, l’homme derrière la guerre d’indépendance américaine et le traité de Versailles de 1783. Alors, partons à la découverte de Vergennes…

Vergennes, un outsider ?

Rejeton d’une famille de noblesse de robe bourguignonne, protestante jusqu’à la révocation de l’édit de Nantes, le futur Vergennes fait ses premiers pas en diplomatie grâce à son oncle Chavigny. Il effectue sa première ambassade à Istanbul et se familiarise avec les coutumes de l’Empire Ottoman, puis va en Suède tout en subissant les critiques de Choiseul, son ministre de tutelle. Vergennes entre dans le fameux Secret du Roi et réussit le tour de force, à la mort de Louis XV, d’être choisi par son successeur le jeune Louis XVI comme nouveau secrétaire d’état aux affaires étrangères.

L’apôtre de la modération

Défenseur résolu de la monarchie absolu, Vergennes se révèle sur la scène extérieure comme un modéré, comme le démontre Bernard de Montferrand. Bien que prônant une guerre de revanche contre l’Angleterre suite à la défaire de la guerre de 7 ans, il se révèle à l’issue de la guerre d’indépendance américaine, lors de la paix de Versailles, d’une étonnante modération dans ses exigences et il ira jusqu’à signer un traité de libre-échange avec l’Angleterre en 1786. Vergennes est perpétuellement à la recherche d’un équilibre européen, qui mettrait la France, puissance « satisfaite », en position d’arbitre. Vergennes aura contre lui le parti des patriotes, nébuleuse rassemblant partisans des parlements, aristocrates frondeurs, partisans de Choiseul… Au final le bilan de Vergennes est loin d’être mauvais. C’est certainement la Révolution et la mort de Louis XVI qui l’ont jeté dans l’oubli. Cette biographie permet de réparer cette erreur.

Sylvain Bonnet

Bernard de Montferrand, Vergennes, Taillandier, avril 2017, 448 pages, 24,90 €

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