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Victor Hugo
Victor Hugo (1802-1885), poète, romancier, dramaturge, homme politique, a révolutionné le théâtre et la langue poétique.

Victor Hugo : Biographie

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Vie et œuvre de Victor Hugo (1802-1885)

 

Victor-Marie Hugo naquit à Besançon le 26 février 1802. Il n'appartenait pas, comme il se plaisait à le dire, à une ancienne famille lorraine anoblie dès 1531. Son origine était plus modeste. Son grand-père, Joseph Hugo, fils d'un cultivateur, exerçait la profession de menuisier à Nancy. Marié deux fois, il avait eu douze enfants, dont Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo, né à Nancy en 1773, qui s'engagea très jeune et servit à l'armée du Rhin et en Vendée. Il était officier lorsqu'il épousa à Nantes, le 18 novembre 1797, la fille d'un armateur, Sophie-Françoise Trébuchet. De ce mariage il eut trois fils : Abel (1798-1855), Eugène (1800-1837) et Victor. Hugo n'avait pas deux mois lorsque son père fut affecté en Corse, d'où il passa ensuite à l'île d'Elbe. Il emmena avec lui sa femme et ses enfants, qui habitèrent Bastia et Porto-Ferràjo jusqu'en 1805. Cette année, Sigisbert Hugo, ayant été rappelé sur le continent, envoya sa famille à Paris où elle resta près de deux ans. Pendant ce temps, Sigisbert Hugo s'était lié avec Joseph Bonaparte, qui, devenu roi de Naples en 1806, l'avait emmené avec lui et lui avait conféré le grade de colonel. En 1807, il fit venir à Naples sa femme et ses fils. Mais en 1808, Joseph ayant été mis par Napoléon sur le trône d'Espagne, Sigisbert Hugo dut le suivre et renvoya sa famille à Paris. Mme Hugo alla habiter alors près du Val-de-Grâce l'ancien couvent des Feuillantines. Victor Hugo, qui avait six ans, reçut avec ses frères des leçons d'un ancien prêtre marié, Larivière, excellent latiniste, qui lui apprit à aimer Virgile. L'enfant eut également à cette époque pour maître bénévole, le général Lahorie, alors proscrit et que Mme Hugo accueillit pendant quelque temps aux Feuillantines. Il continua ainsi des études peu suivies jusqu'en 1811. À cette époque, son père, devenu général et majordome du roi, qui lui avait donné le titre de comte de Cogolludo, appela sa femme et ses enfants en Espagne. La situation devint tellement grave en Espagne que le général Hugo, au printemps de 1812, fit repartir pour la France sa femme et deux de ses fils. Revenue à Paris avec Eugène et Victor, Mme Hugo reprit son habitation des Feuillantines, où elle recevait fréquemment la famille Foucher. Ce fut alors que Victor commença à jouer dans le grand jardin avec la petite Adèle Foucher et que commença l'idylle enfantine qui devait se terminer par un mariage. En 1813, le jardin des Feuillantines ayant été exproprié, Mme Hugo alla habiter rue du Cherche-Midi, tout près de l'hôtel des conseils de guerre où logeait Pierre Foucher, chef de bureau à la Guerre, ce qui rendit plus fréquentes encore les relations des deux familles.

 

Si, en ce temps, Victor étudiait peu, il se livrait à une lecture acharnée, dévorant les livres pris au hasard par sa mère dans un cabinet de lecture, les œuvres de Voltaire et de Rousseau, Diderot, les voyages du capitaine Cook, Faublas et bien d'autres. Cependant les événements tragiques se succédaient : après les désastres de la campagne de Russie, l'évacuation de l'Espagne. Revenu en France en 1813, le général Hugo demanda à rentrer dans l’armée. On ne voulut d'abord le réintégrer qu'avec son ancien grade de major. Toutefois il fut nommé peu après commandant de la place de Thionville, qu'il défendit avec la plus grande énergie pendant l'invasion. En 1814, il fit acte d'adhésion à Louis XVIII et fut confirmé dans le grade de maréchal de camp. Cette même année, à la suite de graves dissentiments, il se sépara complètement de sa femme et alla habiter Blois. Voulant que ses fils Eugène et Victor entrent à l'École polytechnique, il les mit dans la pension Cordier et Decotte, où ils restèrent jusqu'en 1818, en suivant les cours du collège Louis-le-Grand.

 

À partir de 1815, Victor Hugo fit beaucoup de mathématiques, mais il fit surtout des vers et acquit ainsi un véritable talent de versificateur, selon le goût et les formules du temps. Le 10 juillet 1816, il écrivait sur un de ses cahiers de la pension Cordier : « Je veux être Chateaubriand ou rien. » En 1817, il envoya au concours annuel pour le prix de poésie décerné par l'Académie française trois cents vers sur le sujet : « Le bonheur que procure l'étude dans toutes les situations de la vie ». Il y faisait allusion à ses quinze ans avec une modestie orgueilleuse. Les juges du concours, se croyant mystifiés, lui donnent une simple mention, au lieu du prix qu'il méritait.

 

En 1818, Victor Hugo renonce à passer ses examens à l'École polytechnique et quitte la pension Cordier. Il écrit à son père qu'il vivra de son métier de poète et qu'il renonce à la petite pension qu'il lui donne. Alors Victor Hugo se met à l'œuvre et se livre à un travail incessant, dont il conservera l'habitude jusqu'à la fin de sa vie et qui explique l'énormité de son œuvre. En décembre 1819, il fonde avec son frère Abel une revue bimensuelle, Le Conservateur littéraire, qui paraît jusqu'en mars 1821. En même temps, il se crée des relations, visite quelquefois Chateaubriand, se lie avec Alfred de Vigny, Lamartine, Soumet, Émile Deschamps, Guiraud, Jules de Rességuier, l'abbé de Lamennais, qui devient son directeur de conscience. À dix-neuf ans, ses satires royalistes Le Télégraphe et L'Enrôleur politique, ses odes Les Destins de la Vendée, Quiberon, Le Génie, La Vision, Le Poêle dans les révolutions et d'autres, l'ont rendu célèbre dans le monde des lettres et dans le monde monarchique.

 

Mais alors il n'est pas hanté seulement par des rêves de gloire, il aime d'un amour juvénile et frais sa petite amie d'enfance, devenue une belle jeune fille, Adèle Foucher, et il veut l'épouser. Sa mère s'oppose à ce mariage, qui ne lui semble pas assez brillant pour son fils, et elle cesse de voir la famille Foucher. Mme Hugo meurt le 27 juin 1821 et moins d'un mois après, son père se remarie. La famille Hugo ayant été ruinée par la chute de l'Empire, le jeune Victor dut vivre fort modestement ; il cherche alors à se créer des ressources. En 1822, il publie le premier recueil de ses Odes, dont le succès est très grand. Louis XVIII le lit et accorde, en septembre, au jeune poète une pension. Rien ne s'oppose plus à son mariage. Le 22 octobre 1822, Victor Hugo voit enfin se réaliser son plus ardent désir. Il épouse Adèle-Julie Foucher, âgée de dix-neuf ans. Il est tout entier à son bonheur, lorsque, le soir même, son frère Eugène, qui, pendant le repas, avait prononcé des paroles incohérentes, fut pris, en rentrant chez lui, d'un accès de folie. On dut l'enfermer à Charenton, où il resta jusqu'à sa mort. Tout porte à croire qu'Eugène aimait Adèle et que le désespoir qu'il ressentit le troubla pour toujours.

 

En 1824, Hugo entra dans l'intimité de Nodier. Charles Nodier, nommé bibliothécaire de l'Arsenal, ouvrit son salon, devenu bientôt fameux, à un groupe de gens de lettres, qui forma le premier cénacle. Cette même année, Victor Hugo publia un second volume d'Odes et vit naître sa fille Léopoldine, dont la mort tragique, en 1843, fut une de ses grandes douleurs. Il eut ensuite trois enfants : en 1826, Charles-Victor Hugo, mort à Bordeaux en 1871 ; en 1828, François-Victor Hugo, mort à Paris en 1873 et, en 1832, Adèle, qui fut internée en 1872.

En 1825, Victor Hugo écrivit son Ode sur le sacre. Il fut, à cette occasion, invité à assister à la cérémonie du sacre, nommé chevalier de la Légion d'honneur en même temps que Lamartine, et son père reçut de Charles X le grade de lieutenant général. L'année suivante, il publia Bug-Jargal et un volume d'Odes et Ballades dans lequel s'accusaient ses tendances à abandonner les formes classiques. Sainte-Beuve fit paraître dans Le Globe du 2 janvier 1827 une étude critique sur ces poésies. C'est ainsi qu’ils entrèrent en relations et ne lardèrent pas à se lier d'une vive amitié.

L'année 1827 marque une date très importante dans la vie du poète. Pour venger une insulte faite aux maréchaux de l'empire par l'ambassadeur d'Autriche, il écrit l'Ode à la colonne qui lui attira de vives attaques de la part des conservateurs royalistes. Hugo semble abandonner le culte de la monarchie traditionnelle et croit, comme beaucoup d'autres à cette époque, qu'en célébrant les gloires de l'empire il fait acte de libéralisme.

Puis il publie la fameuse préface de Cromwell, où il expose les idées de l'école romantique, dont, à partir de ce moment, il est le chef incontesté.

Peu après, Hugo forme un nouveau cénacle, composé de romantiques : Alfred de Vigny, Sainte-Beuve, Émile et Antony Deschamps, Alfred de Musset, de Beauchêne, Gérard de Nerval, Alexandre Dumas, Mme Tastu, les peintres Delacroix, Boulanger, Deveria, le sculpteur David d'Angers. Hugo et ses amis continuent à fréquenter le salon de Nodier, lieu de réunion du premier cénacle.

 

Victor Hugo était alors violemment attaqué par les conservateurs littéraires et par les conservateurs royalistes. Il publie Les Orientales et Notre-Dame de Paris; puis, en 1829, il prend la résolution d'écrire pour le théâtre. Son drame en vers, Marion de Lorme, écrit du 1er au 24 juin, est reçu par acclamation à la Comédie-Française, mais la censure en interdit la représentation. Hugo s'adresse directement à Charles X, qui maintient l'interdiction. En quelques semaines il écrivit Hernani, qu'il lut aux Français le 1er octobre. La première représentation de cette pièce eut lieu le 25 février 1830. Ce fut un grand événement littéraire, une retentissante bataille, dans laquelle les romantiques et les classiques en vinrent presque aux mains. Le premier soir, le succès fut très grand et la victoire resta aux partisans de Hugo. Mais, aux représentations suivantes, la bataille recommença plus ardente encore, ce fut une suite ininterrompue d'incidents tumultueux.

 

En 1830, Hugo écrivit en moins de six mois Notre-Dame de Paris, dont le succès fut retentissant. La révolution de juillet 1830 éclate et balaie la monarchie de droit divin. Hugo, jadis ultraroyaliste, ne paraît nullement s'émouvoir. Les affaires politiques l'occupent fort peu à cette époque. Il est avant tout poète. Il publie Les Feuilles d'automne, il fait représenter Marion de Lorme en 1831 et Le Roi s'amuse en 1832. Mais, après la première représentation, la censure interdit cette seconde pièce. En vain le poète porta sa cause devant le tribunal et la plaida lui-même : l'interdiction fut maintenue. Ce fut seulement en 1882 que cette pièce reparut devant le grand public. En 1833, il eut avec Alexandre Dumas une brouille qui dura jusqu'en 1836, et il fit représenter deux drames, Lucrèce Borgia et Marie Tudor.

 

Ce fut aux répétitions de Lucrèce Borgia que Victor Hugo vit pour la première fois, dans le rôle secondaire de la Negroni, une femme qui devait occuper une place considérable dans sa vie intime. Mlle Julienne-Joséphine Gauvain, qui avait pris le nom de son oncle, le général Drouet, et qu'on appelait Juliette Drouet. Née à Fougères en 1805. Elle avait joué à l’Odéon lorsqu'elle vint à là Porte-Saint-Martin, où elle montra un médiocre talent ; mais elle était très belle. Victor Hugo ressentit pour elle une ardente passion, il sut se faire aimer. Pour lui elle consentit à quitter le théâtre et elle lui fut, jusqu'à la fin de sa vie, admirablement dévouée. Cette passion, Adèle Hugo ne tarda pas à la connaître ; elle en fut vivement affectée ; mais comme Victor Hugo lui montrait toujours une réelle affection, elle se résigna à laisser faire ce qu'elle ne pouvait empêcher et pardonna.


L’année 1834 fut marquée par la rupture définitive de Victor Hugo avec Sainte-Beuve. Ils étaient entrés en relations au commencement de 1827 et bientôt s'étaient liés de la plus vive amitié. Victor Hugo l'introduisit dans sa maison, dans son intimité familiale, et bientôt Sainte-Beuve aima Adèle. Vers 1830, Sainte-Beuve prévint loyalement son ami de ce qui se passait ; leurs relations en furent profondément troublées. Il fut décidé que Sainte-Beuve cesserait de venir chez Hugo, qu'il quitterait pendant quelque temps Paris ; il ne partit pas. Les deux amis cessent quelque temps de se voir, mais ils s'écrivent les lettres les plus affectueuses, puis ils recommencent une demi-intimité. Les deux amis continuèrent à s'écrire, à se voir de temps à autre. Trois années s'écoulent. Un instant il semble que l'ancienne affection va renaître. Lorsque Victor Hugo se prit de passion pour Juliette, Adèle Hugo confia son chagrin à Sainte-Beuve, qui était fort laid, mais que les femmes prenaient volontiers pour confident. Quelque temps après, Victor Hugo rompit définitivement avec Sainte-Beuve. Adèle Hugo rompit à son tour avec lui en 1837. En 1843, Sainte-Beuve eut l'inqualifiable idée de faire imprimer un petit recueil de vers, Le Livre d'amour, sur ses relations intimes avec Adèle Hugo.

 

Hugo publie ou fait jouer successivement Claude Gueux (1834), éloquent plaidoyer contre la peine de mort ; Les Chants du crépuscule (1835), où l'on trouve des pièces brillantes consacrées à Juliette ; Angelo (1834), drame qui ne réussit point ; Les Voix intérieures (1832) ; Bug-Jargal (1838), qui fut très applaudi ; Les Rayons et les Ombres (1840). On trouve dans ces œuvres, selon l'expression de Sainte-Beuve, « un mélange souvent entrechoqué de réminiscences monarchiques, de phraséologie chrétienne et de vœux saint-simoniens ».

 

Le 7 janvier 1841, à la quatrième tentative, l'Académie française consent enfin à le recevoir au nombre de ses membres, par 17 voix contre 15.

Les Burgraves, représenté à la Comédie-Française en novembre 1842 fut un échec fut complet. Victor Hugo en ressentit une telle amertume qu'il renonça désormais à faire du théâtre et laissa de côté Les Jumeaux, qu'il avait commencés. En ce moment se produisait une vive réaction contre le romantisme. Grâce à Rachel, les grands classiques revenaient en faveur, et l'on voyait surgir avec la Lucrèce de Ponsard, très applaudie (1843), une nouvelle école, celle des néo-classiques, dite aussi l'école du bon sens. Lassé, presque, découragé, Hugo quitte Paris, se rend en Espagne. Pendant ce voyage, il est frappé d'un deuil tragique ; sa fille aînée, Léopoldine, alors âgée de dix-neuf ans, et qui avait épousé quelques mois auparavant Charles Vacquerie, frère du poète Auguste Vacquerie, se noie avec son mari en faisant une promenade en bateau sur la Seine, à Villequier (4 septembre 1843). La douleur du père est profonde, et l'on peut s'en faire une idée en lisant les vers admirables qu'il consacre à sa fille dans Les Contemplations. Après cette catastrophe, Hugo se recueille, continue à évoluer. Il reste conservateur, mais avec son culte de la monarchie, sa foi religieuse a disparu. L'art pour l'art ne lui suffit plus, il commence à aborder les idées sociales. Déjà, dans sa conclusion des Lettres sur le Rhin, il cherche à résoudre le problème de l'équilibre européen et propose de partager l'Europe entre la France et la Prusse. Comme Lamartine, il veut entrer dans la fournaise politique ; Louis-Philippe lui en ouvre la porte en lui donnant, en 1845, un siège à la Chambre des pairs. Rappelons en passant que le roi lui rendit à cette époque un énorme service en intervenant auprès d'un mari irrité, peintre de marine fort connu, pour éviter un procès au sujet d'une aventure galante de s'a femme, à laquelle le poète se trouvait mêlé. À la Chambre des pairs, Victor Hugo alla siéger sur les bancs de la majorité ministérielle et vota avec elle. À diverses reprises, il prononça des discours ; il parla sur les marques de fabrique, sur la question polonaise, glorifia le pape libéral, demanda le retour de la famille Bonaparte ; mais son éloquence théâtrale, aux images hardies, aux chatoyantes antithèses, eut peu de succès auprès de ses collègues.

 

La révolution de 1848, qui mit à la tête du gouvernement provisoire Lamartine, alors à l'apogée de la popularité, fit de Victor Hugo, pair de France, un simple particulier. Le poète, quelque peu effrayé et désorienté d'abord, se reprit, vit passer les événements, entrevit des choses nouvelles, mais resta conservateur et se tint dans l'ombre jusqu'au 4 juin 1848. Porté candidat, sur une liste réactionnaire, il fut élu alors député de la Seine à l'Assemblée nationale. Là, il se fit accuser de contradiction en votant tantôt avec la droite pour l'abolition des ateliers nationaux, contre le droit au travail, l'impôt progressif, la suppression du remplacement militaire, l'amendement Grévy supprimant la présidence de la République ; tantôt avec la gauche pour l'abolition de la peine de mort, contre les poursuites intentées à Ledru-Rollin et à Louis Blanc, contre l'ordre du jour déclarant que Cavaignac avait bien mérité de la patrie. Le 1er août 1848, il avait fondé un journal, L'Événement, portant pour épigraphe : « Haine vigoureuse de l'anarchie, tendre et profond amour du peuple. » Il fut le directeur et l'inspirateur de cette feuille, dont les principaux rédacteurs étaient ses fils Charles et François-Victor, Paul Meurice, Auguste Vacquerie, Théophile Gautier, Théodore de Banville, Gérard de Nerval, etc. L'Événement attaqua vivement le général Cavaignac et, lors des élections pour la présidence de la République, soutint la candidature de Louis Napoléon. Victor Hugo, dont les Odes sur Napoléon, publiées à part en 1840, étaient une véritable épopée napoléonienne, s'était pris de sympathie pour son neveu, qu'il aida à porter au pouvoir suprême, pensant, dit-on, qu'il l'appellerait dans ses conseils ; mais son illusion fut de courte durée. Réélu représentant à la Législative (13 mai 1849), il se sépara, le 15 octobre, de ses amis de la droite, se rangea pour toujours du côté de la République et devint bientôt un des principaux chefs de la gauche démocratique et sociale. Chaque discours qu'il prononça à partir de ce moment souleva des interruptions violentes, dans lesquelles on lui rappelait son passé. Dans l’un l’eux, il montra une véhémence extraordinaire et attaqua violemment le président Louis-Napoléon, qu'il appelait Napoléon le petit et Augustule. Depuis qu'il avait compris que le prince voulait rétablir l'empire, il était devenu son adversaire irréductible. Son journal L'Événement n'avait cessé d'attaquer sa politique, s'était transformé en Avènement du peuple, et la plupart de ses rédacteurs, y compris les deux fils Hugo, se trouvaient alors emprisonnés à la suite de condamnations.

 

Lorsqu’éclata le coup d'État du 2 décembre 1851, Victor Hugo se joignit aux représentants républicains qui tentèrent de soulever le peuple et d'organiser la résistance. Il rédigea des proclamations enflammées ; mais peu d'ouvriers répondirent à son appel, et la résistance fut bientôt écrasée. Hugo, qui figurait sur les listes de proscription, dut se cacher et le 14 décembre il arriva à Bruxelles. Il publie Napoléon le Petit (1852), ardent pamphlet, qu'on s'arracha. Le cabinet belge redoutant des représentations du gouvernement français expulse le poète qui va chercher alors un refuge à l'île Jersey. Son épouse, sa fille Adèle, son fils François-Victor viennent le retrouver à Jersey, où il a déjà avec lui son fils Charles. Il a également à ses côtés Juliette Drouet.

Après le coup d'État, la représentation de ses pièces avait été interdite, et l'on avait cessé momentanément en France d'acheter ses livres. Il en fut réduit alors à faire vendre les meubles de prix et les objets d'art qu'il avait laissés à Paris. En 1853, il publia Les Châtiments à Saint-Hélier et à Bruxelles. Le livre eut un succès colossal à l'étranger et en France, où la vente en fut prohibée, mais où il pénétra quand même secrètement, au moyen de mille subterfuges, par la frontière, pendant longtemps caché dans des bustes en plâtre de Napoléon III. Il en eût tiré grand profit si des éditeurs belges n'avaient fait imprimer Les Châtiments en contrefaçon, en gardant, pour eux tous les bénéfices.

 

Victor Hugo, ayant protesté à la fin de 1855 contre l'expulsion de Félix Pyat et de deux autres proscrits réfugiés à Jersey, reçut du gouvernement l'ordre de quitter l'île. Il partit alors pour Guernesey et il acheta en haut de Saint-Pierre-Port une maison abandonnée, Hauteville-House, qu'il transforma à sa guise et marqua de son originale empreinte.

Adèle Hugo ne restait point inactive, elle écrivait pendant ses loisirs Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie. C'est pendant son exil à Guernesey que Hugo a publié ou composé Les Contemplations (1856) ; La Légende des siècles (1859) ; Les Misérables (1862), qui parurent le même jour en neuf langues ; William Shakespeare (1864) ; Les Chansons des rues et des bois (1865) ; Les Travailleurs de la mer (1866) ; L'Homme qui rit (1869) et tant d'autres œuvres qui devaient paraître plus tard.

De nombreux visiteurs venus de tous côtés traversaient la mer pour voir l'exilé à l'apogée de sa gloire, acclamé comme un des grands génies de l'humanité. Il était le « maître » ; de toutes parts on lui écrivait. Il exerçait une sorte de royauté intellectuelle et morale. C'était, selon l'expression de Théodore de Banville, le « poète entré vivant dans l'immortalité ». Son nom était si universellement connu qu'il suffisait d'écrire sur une enveloppe : « Victor Hugo, Océan, » comme le firent un jour quelques jeunes gens, pour que la lettre lui parvînt.



Pendant son long séjour à Hauteville-House, Victor Hugo ne fut point, exempt de peines. Sa dernière fille, Adèle, s'éprit d'un officier de marine anglaise commandant le stationnaire de Guernesey, l'épousa contre la volonté de son père, puis alla aux Indes, y perdit son mari et revint en France en 1872, la raison tellement troublée qu'on dut l'enfermer dans une maison de santé. Le 28 août 1868, Mme Hugo, malade, presque aveugle, meurt à Bruxelles. L'année suivante, Charles et François-Victor se rendent à Paris pour fonder avec Vacquerie et Paul Meurice un journal de vive opposition à l'empire, Le Rappel, et Hugo, resté seul avec Juliette Drouet, va prononcer un grand discours à la clôture du congrès de Lausanne. Lors du plébiscite de 1870, l'auteur des Châtiments protesta encore une fois en publiant un pamphlet intitulé Non ! Quelques mois plus tard, le 4 septembre, l'empire croulait, laissant la France envahie, en proie à d'irréparables désastres. Après plus de dix-huit années d'exil, Hugo revient enfin à Paris, où ses amis et le peuple l'acclament. Il adresse alors aux Allemands un grandiloquent appel dans lequel il les convie à cesser la guerre, à fraterniser avec la France. Pendant le siège, il est garde national et participe aux souffrances communes. Ses Châtiments, réédités par Hetzel, se vendent à cent mille exemplaires. Dans un manifeste aux Parisiens, daté du 10 octobre, il demande la défense à outrance. Après la capitulation, aux élections du 8 février 1871, il est élu député de la Seine à l'Assemblée nationale, qui va siéger à Bordeaux. Ayant été violemment interrompu par la droite pendant un discours qu'il prononce le 8 mars, il écrit au président de la Chambre : « Il y a trois semaines, l'Assemblée a refusé d'entendre Garibaldi ; aujourd'hui, elle refuse de m'entendre, je donne ma démission. »

Le 13mars, son fils Charles meurt subitement à Bordeaux d'une congestion cérébrale. Il ramène son corps à Paris, où ses funérailles sont célébrées le 18 mars, le jour même où éclate l'insurrection communaliste. Hugo se tient à l'écart ; il proteste également contre la Commune, qui renverse la Colonne (Vendôme), et contre le gouvernement de Versailles qui bombarde l'Arc de triomphe. Au moment où l'insurrection est écrasée, il est à Bruxelles et il offre un asile aux réfugiés de la Commune. La population, ameutée, saccage sa maison, il est expulsé de Belgique, va à Londres, puis revient à Paris. Porté par les radicaux, candidat à l'Assemblée nationale dans la Seine, en 1872, Hugo échoua. Cette même année, il fonda avec son fils François-Victor, Meurice et Vacquerie, un journal démocratique, Le Peuple souverain, qui dura peu. Au mois de décembre 1873, il fut frappé d'un nouveau deuil, son fils François-Victor succomba dans un accès de fièvre chaude. Malgré tant de coups répétés, il restait vigoureux et fort, se retrempait dans le travail.

 

En 1876, il rentra dans la politique. Nommé délégué sénatorial dans la Seine, il adressa aux électeurs un éloquent, manifeste dans lequel il les adjurait d'affermir la République, et fut élu sénateur le 30 janvier. Au Sénat, il alla siéger à l'extrême gauche et ne prit que rarement la parole. Dans un discours du 22 mai, il demanda l’amnistie en faveur des condamnés de la Commune. Son mandat lui fut renouvelé en 1882 et il continua à ne tenir à la Chambre haute qu'un rôle effacé, se bornant à voter avec les républicains. Mais en revanche, son activité littéraire était extraordinaire. À ses livres, Actes et paroles (1872) ; L'Année terrible

(1872) ; Mes fils ; Quatre-vingt-treize (1873), il ajouta successivement La Légende des siècles, 2e série (1877) ; L'Art d'être grand-père (1877) ; L'Histoire d'un crime (1877) ; Discours pour Voltaire (1878) ; Le Domaine public payant l'impôt (1878) ; Le Pape (1878) ; La Pitié suprême (1879) ; L'Âne (1880) ; Religion et religions (1880) ; Les Quatre vents de l'esprit (1881) ; Torquemada (1882) ; La Légende des siècles, 3e série (1883) ; L'Archipel de la Manche (1883).

 

Dans cette dernière partie de sa vie, celui qu'Émile Augier appelait « le Père » était l'objet d'une admiration universelle et sa popularité était sans égale. Le 26 février 1881, à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance, Paris rendit à Victor-Hugo un solennel et touchant hommage. Ce jour-là, le grand vieillard reçut dans sa maison de l'avenue d'Eylau, debout entre ses petits-enfants Georges et Jeanne, une députation d'enfants, une autre du conseil municipal ; puis, d'une fenêtre, ému jusqu'aux larmes, il vit défiler devant lui, l'acclamant et déposant des fleurs, des délégués de toute sorte et une innombrable foule.

Personne alors, pas plus à l'étranger qu'en France, ne contestait sa royauté littéraire. Ses anciens ennemis avaient désarmé. Tous les étrangers de distinction, de passage à Paris, altesses Royales, têtes couronnées, littérateurs, voyageurs, tenaient à l’honneur de visiter le poète. Dans son salon de l’avenue d'Eylau qui devait recevoir son nom quelques jours avant sa mort, Victor Hugo réunissait autour de lui, Mlle Drouet, grave et toujours affable, les deux enfants de Charles, Georges et Jeanne qu'il adorait, leur mère et ses visiteurs habituels. Sa verte vieillesse faisait l'admiration de tous.

En mars 1883 Victor Hugo vit s'éteindre Mlle Drouet qui présidait à tous ses dîners et à toutes ses réceptions. Celle que Pradier avait prise pour modèle, dans l'éclat de sa beauté, lorsqu'il sculpta la statue de Strasbourg, succomba dans de cruelles souffrances, d'un cancer de l'estomac. Deux ans plus tard, le 22 mai 1885, après une agonie de huit jours, Victor Hugo cessait de vivre. Il avait demandé à être enterré civilement, conduit dans le corbillard des pauvres.

La mort de Victor Hugo produisit une profonde émotion. Le gouvernement et la Chambre lui décrétèrent des obsèques nationales et les honneurs du Panthéon.


[D’après Henri Castets, Revue Universelle, 1902]


Résumé d’œuvres de Victor Hugo :

 

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