Jade Raleza : montres vont

Jade Raleza (c'est un pseudonyme sous lequel un écrivain prolixe se cache) propose une série de rencontres érotiques au plus haut point.
Ses dix nouvelles justifient et scellent le statut ou l'omnipotence de l'orgasme. Et qu'importe celles ou ceux qui le fomentent.

Ce qui crée un couronnement satanique est indexé sur le fait que les personnages de telles aventures ne pensent pas comme forcément sinon comme le commun des mortels du moins selon les doxas officielles à fort relent "kantique des Kantiques".

Émanent des portraits à la fois publics et confidentiels. Et les acteurs et actrices de telles sancesintimes cherchent avant tout le plaisir plus que l'amour même chez les mâles âgés dont le mat reste parfois en berne.
Le puritanisme ne fait pas partie d'un tel aréopage. Sade, Charles Duits, Robbe-Grillet sont bien plus présents en filigrane. Chacun y impose sa ligne d'inconduite.

Certains diront que tant de sorcières, c'est trop et que l'on aurait pu se contenter de moins. Mais Jade Raleza prouve qu'elles ne sont pas en voie d'extinction. Et une telle écriture ferme le caquet à tous les littérateurs qui s'estiment si forts qu'ils ne discernent pas leur propre manque en se battant pour des causes prétendument plénières en de trop mornes plaines comme en sommets des Causses.

Héroïnes et héros mettent à mal les certitudes acquises. Leur sillage offre au monde une plus pleine présence loin de la maladie de l'idéalité. Preuve que le soufre et les gouffres sont toujours moins amères que nécessaires. Il convient donc de se frotter à celles et ceux qui nous sortent des miasmes morbides de l'état du monde où nous nous débattons le plus souvent an pure perte.

,Jade Raleza  appâte notre inconscient, le concentre. Tout rappelle qu'on n'est rien, à personne – sinon à des perversions plus ou moins secrètes. Notre paquet de viande et de nerfs n'est qu'une masse visqueuse et il n'est pas jusqu'à notre sexualité à ressembler souvent à celle de gourgandines et gourgandins qui sont moins auto-suffisants que nous.

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Jade Raleza, Sea, Sex, and Dark, coll. La Bleu-Turquin, Z4 éditions, février 2017, 262 p.-, 16 euros

 

 

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