Hors sol : hors jeu !

Une belle idée que cette dystopie d’un monde futur dans les airs pour fuir la terre meurtrie, mais très vite, page 32, l’insupportable s’affirme, la lecture est un calvaire, la rage s’invite, le livre valse à la corbeille en clin d’œil à Jean-Edern Hallier qui mettait en pratique ses dires en gestes dans sa célèbre émission de télévision où les navets finissaient à la poubelle : 

Réuni.e.s par hobbies, nous nous trouvons donc à la fois libéré.e.s du travail et occupé.e.s, donc guéri.e.s de l’ennui et des pensées suicidaires.  

C’est plutôt aux pensées violentes que cette écriture me conduit, à ouvrir la boîte à gifles pour que cette mascarade cesse ! Car un texte c'est aussi une vision, un regard, et la mise en page est très importante, l'esthétique de la maquette d'un livre primordiale, et ici c'est illisible !
Dans ma vie d'éditeur, j'avais le plus grand mal sur certains tapuscrits qui étaient trop denses, trop touffus pour que la seule lecture parvienne à transcender la piètre mise en page, ici l'idée de ces nacelles qui relient les Hommes au-dessus des nuages dans une société formatée sans travail ni danger éveillait un désir de découverte, mais la laideur de cette écriture rend impossible la lecture...

D’ailleurs, la première pensée qui me vint fut pour Pierre Lepape, qui doit bondir d’indignation, lui qui s’était fendu il y a des années d’une critique acide, dans son Feuilleton du Monde des livres, contre Gallimard, le gardien du temple selon lui, qui venait d’accueillir Philippe Djian dans sa collection Blanche, auquel Lepape reprochait de ne pas écrire correctement la forme négative, se refusant à admettre que transcrire le langage parlé peut y conduire afin de donner plus de réalisme. Il ne supportait pas de lire Je vais pas le faire, et s’emportait sur le devoir de Gallimard de défendre la lange française originelle… 

Que ne doit-il pester avec l’arrivée de cette écriture inclusive débile et ce point médian outrancier ; et comment la maison de feu la rue Bottin, dont l’ADN s’est construit autour de Sade, Céline, Drieu la Rochelle… des écrivains sulfureux mais des maîtres de la littérature, comment devenir un mouton parmi le troupeau des bêlants incapables de faire taire une minorité d’excitées qui revendiquent une égalité absurde à travers la destruction de la langue française, le seul lien qui nous lie encore – mais pour combien de temps ? L’autorité en la matière est l’Académie française qui rejeta cette forme d’écriture, le sujet est clos depuis 2017 ! 
 

Le féminisme actuel, sournois et rampant, s’infiltrant par tous les pores de la société civile et qui ne cesse de revendiquer une colère légitime en devient caricatural. Pas plus tard que cette semaine, Yseult, la révélation féminine de la chanson française, elle aussi en colère parce que femme noire et grosse (quel rapport ?) s’affiche dans une tenue pour le moins… incongrue.
Comment une femme peut oser s’exhiber ainsi ?! C’est au-delà du vulgaire, c’est infamant et irrespectueux, et pour elle-même en premier : comment justifier de se montrer ainsi à moitié nue ? Même sur une plage cette tenue à la découpe indécente est une horreur, une infamie, une insulte à l’être humain, qu’il soit un homme ou une femme…
Ne pas être beau n’est pas un crime, mais afficher sa laideur de manière si outrancière est inadmissible ! Mais l’époque est ainsi, il faut choquer, se rabaisser toujours plus pour revendiquer sa place de victime (noire et grosse, quel cauchemar, en effet…) et crier sa colère… Mais moi aussi je vais crier ma colère, mon ras-le-bol de tous ces dingues qui nous pourrissent la vie tous les jours, et ça ne va pas servir à grand chose…  

Pierre Alferi se veut donc dans le coup, à n’en pas douter enseigner aux Beaux-arts l’a entraîné sur la mauvaise pente. D’ailleurs n’est-ce pas là que le directeur Bustamante fut remercié pour d’obscures raisons, lui l’artiste conceptuel qui revendique un enseignement où il ne sert à rien de savoir dessiner (sic) mais où l’idéologie prédomine toute création artistique, enfin politique devrais-je dire… 

Ainsi le vers est dans le fruit. Sans doute Antoine G. devrait-il cesser de se perdre dans la contemplation de son tableau de Pascin dans son grand bureau de la rue Gallimard en sirotant un pur malt et redonner vie à sa maison ; ou passer la main… Comment interpréter le transfert de Djian chez Flammarion et de Sollers au Mercure de France ? Une purge de la Blanche pour laisser la place aux jeunes branchés écrivant des platitudes dans un style terne, y chasser l’inventivité et l’histoire au profit du néant actuel ? Alors que c'est tout l'inverse qu'il faudrait faire : rapatrier Houllebecq dans la Blanche et laisser chez Flammarion les écrivaillons qui pensent avec leur pouce sur les réseaux sociaux et plaident la pensée unique venue des campus américains, et faire de la Blanche le sanctuaire de la littérature française... Car pour l'heure c'est Minuit et Corti qui gardent le temple.

Mais fort heureusement, il y a encore quelques belles pépites chez Folio, à commencer par Le ghetto intérieur de Amigorena… 

 

François Xavier 

 

Pierre Alferi, Hors sol, Folio, coll. SF, janvier 2021, 400 p.-, 8,60 €

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