Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

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Murakami. Cet illustre nippon n’a pas toujours été l’écrivain de renommée internationale que l’on connaît aujourd’hui. Vivant de petits boulots puis ouvrant un club de jazz, il menait la vie de tant de tokyoïtes : longues journées épuisantes, existence d’animal nocturne… jusqu’au jour où il décide, sans grande conviction, d’écrire un roman. Il vend son club, grille ses trois paquets de cigarettes par jour et écrit, écrit, écrit. Peu à peu, il comprend que pour rester en forme, il doit faire de l’exercice et développe la course à pied en même temps que son activité d’écriture, jusqu’à ce que les deux finissent par être intimement liée. 

La course à la vie

Cet ouvrage pourra en dérouter plus d’un. Ni roman, ni essai, ni véritable autobiographie. « Ce livre, je le considère comme une sorte de mémoire, même s’il ne s’agit pas d’une réflexion grandiose sur mon histoire personnelle. » A bien des égards, Murakami semble ici écrire pour lui-même, afin d’éclaircir dans son esprit cette obsession de la course à pied et de l’influence de celle-ci sur sa manière d’écrire et, plus généralement, sur sa manière de vivre. Une sorte de journal intime qu’il aurait abondamment travaillé par respect envers cette activité sportive et envers tous ceux, de par le monde, qui partagent cette passion. 

Mais ce n’est pas la compétition qui l’intéresse. Du moins pas vis-à-vis des autres. L’homme, qui s’inflige un marathon par an, est face à ses objectifs physiques comme l’écrivain est face à ses objectifs littéraires. L’intéressent uniquement ses capacités ou son impuissance à les réaliser. « Se consumer au mieux à l’intérieur de ses limites individuelles, voilà le principe fondamental de la course, et c’est aussi une métaphore de la vie – et, pour moi, une métaphore de l’écriture ». Car l’écrivain estime que la course, la vie et l’écriture nécessitent trois qualités communes : le talent, la concentration, la persévérance. La préparation, l’entraînement, la douleur, l’épreuve, le but atteint, la satisfaction une fois l’effort achevé… autant de phénomènes rythmant ces différentes pistes qu’il aime arpenter de manière quotidienne en homme résigné et serein. Ces routes qu’il a décidé d’emprunter, il les aime, mais il ne conseille véritablement à personne de les suivre. D’ailleurs, qui penserait à le suivre quand il évoque sa terrible souffrance lors de sa participation à l’ultra marathon (cent kilomètres) de l’île d’Hokkaido ? C’est sa destinée à lui, la voie qu’il s’est trouvé. « Je cours, donc je suis »

Confession d’un homme vertueux

Mais en se focalisant sur l’autre grande passion de sa vie – la première étant évidemment la littérature – Murakami réalise sans doute un bien meilleur autoportrait que s’il avait entrepris de faire une véritable et classique autobiographie. Par petites touches. On comprend ainsi sa manière de créer. Bon nombre lui avait reproché d’être trop sérieux pour être un véritable artiste, estimant que pour écrire, il fallait avoir sa part de folie, d’extravagance, de démence. Mais Murakami estime à l’inverse que pour créer du « malsain », il lui faut être « sain ». Le yin et le yang de son processus créatif. Par petites touches, on saisit ses interrogations profondes, sa perception du corps dans son rejet du dualisme, son amour de la musique (les références étant ici aussi nombreuses que dans ses romans), sa fascination pour Fitzgerald et Raymond Carver, ses phobies… Peu à peu, en le suivant dans ses marathons de Hawaï, New York, Cambridge, Hokkaido, Athènes, en courant à ses côtés le long de ces pages, Murakami apparaît comme un compagnon, un ami à la sagesse à la fois simple et mystérieuse, apaisante et inspirante. Et, tout vertueux qu’il soit, il n’est jamais ennuyeux. Se qualifiant lui-même de cheval de traie plus que de cheval de course, Murakami fait preuve aussi d’un certain humour dans le regard qu’il porte sur sa manière de courir et, par là même, sur son œuvre et sa vie. « Et mon temps ? Honnêtement, pas formidable. En tout cas, pas aussi bon que je l’avais espéré en secret. Si possible, j’aurais aimé achever cet ouvrage avec une déclaration tonitruante du genre : « Grâce à mon entraînement rigoureux, j’ai réussi à courir le marathon de New York avec un temps très honorable. Quand j’ai franchi la ligne d’arrivée, j’étais très ému. » Et puis je serai parti nonchalamment dans la splendeur du soleil couchant sur l’air de Rocky […] Dans la vraie vie, cela ne se déroule pas aussi facilement.»

Matthieu Buge
 

Haruki Murakami, Autoportrait de l'auteur en coureur de fond, traduit du japonais par Hélène Morita, 10/18, février 2011, 221 pages, 7,40 €
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